Soumaya J. 04/04/2025

« Mon père veut que je fasse Polytechnique »

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Soumaya, 17 ans, n’a pas vu son père depuis l’ouverture de Parcoursup, en novembre. Elle aurait aimé qu’il la soutienne dans ses choix d’orientation, mais il a d’autres ambitions pour elle.

« La pire école que j’ai connue ! » ; « Je n’avais jamais vu un niveau aussi bas ! » Dès que je parle d’une école, mon père fait des recherches sur internet et m’envoie tous les avis négatifs. Il veut que je fasse Polytechnique. Moi, je veux faire une école de commerce. 

Je suis en terminale générale avec maths et SES. J’ai 13-14 de moyenne. Et j’ai décidé de choisir ma propre voie d’études. Alors depuis le mois de novembre, je ne vois plus mon père. Depuis le divorce de mes parents à mes 3 ans, j’allais chez lui un week-end sur deux. Maintenant, c’est terminé. J’ai décidé de ne plus le voir. Je lui parle au téléphone, mais rarement. 

À chaque fois que je lui parle de mes ambitions, il me rabaisse. Il dit que ce n’est pas ce qui me convient. Il va même jusqu’à m’envoyer des infos sur des écoles qui ne me plaisent pas, en me disant : « Je te verrais mieux dans ce genre d’école… même si j’ai une préférence pour Polytechnique. »

Il n’a pas fait Polytechnique et n’en a pas rêvé non plus. Il a fait des études jusqu’à bac+5 pour devenir expert-comptable. Il n’a pas aimé être sous les ordres de quelqu’un donc il a arrêté. Il est au chômage. 

« Tu m’as déçue ! »

J’ai cessé de le voir quand il a pété un câble parce que j’avais utilisé 300 euros de mon livret A pour payer les frais de scolarité d’une école de commerce. Il m’a dit : « C’est mon argent. Tu n’as pas à y toucher. Fallait me prévenir. Toi et l’argent, ça fait deux. Et moi, si je me retrouve à la rue, qui va pleurer ? Tu m’as déçue ! »

C’est lui qui m’a ouvert ce livret, mais à mon nom et pour moi. Si je ne payais pas l’école ce jour-là, je perdais ma place. C’est une école en alternance – nulle, selon mon père – que j’avais trouvée et dans laquelle j’ai été acceptée suite à ses concours.

Si je l’avais écouté, j’aurais pris les spécialités maths et physique et j’utiliserais l’IA pour tout et n’importe quoi. Réussir, pour lui, c’est gagner beaucoup d’argent sans pour autant travailler beaucoup. Il essaie de m’inciter à faire des études que je n’aime pas parce que, selon lui, ces métiers ne sont pas voués à disparaître ou à être remplacés par les IA.

Mon père ne compte pas m’aider financièrement dans mes études, comme j’ai pu le voir avec sa crise sur « son argent ». Ma mère n’a pas les moyens financiers de m’aider non plus. Heureusement, elle me soutient, quoi que je décide de faire comme études ou comme métier.

Soumaya, 17 ans, lycéenne, Île-de-France

Crédit Photo Flickr // CC Dominique HOEL

 

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« Le choix de ma vie en quelques clics de souris », par Jérémy, 18 ans. Élève de terminale, il n’est pas le seul pour qui Parcoursup est synonyme de stress et d’insomnie. Le lycéen, qui veut faire médecine, aimerait pouvoir se projeter dans l’avenir avec joie.

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