Maxime 21/01/2021

J’ai grandi entre le confort de ma famille d’accueil et la précarité de ma mère

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Placé à 3 ans, j'ai très vite remarqué les différences de niveau de vie entre ma famille d'accueil et mes parents. De grandir dans deux milieux sociaux différents, ça m'a permis de ne pas juger les autres sur leur classe sociale.

Mon père a enchaîné les petits taffs : plombier, jardinage, entretien des espaces communs… Ma mère, quant à elle, n’a jamais travaillé. Du côté de ma famille d’accueil, ce qui est marrant, c’est que souvent on me demande leur métier, mais c’est ça leur métier ! C’est un travail à plein temps de s’occuper de plusieurs enfants et de les envoyer voir leurs parents. Avant, lui travaillait dans les sous-marins.

Je suis en famille d’accueil depuis mes 3 ans. Ma famille d’accueil est de classe moyenne et mes parents vivent du Revenu de solidarité active (RSA). Ils ont une vie assez différente par rapport au milieu social. Pour moi, c’est normal.

Famille d’accueil, parents séparés, trois Noëls à la clé

Plus jeune, je me suis habitué au confort de chez ma famille d’accueil, et du coup je me sentais moins à l’aise chez mes parents. Par exemple, pour prendre un bain chez ma mère, on avait droit à moins d’eau, mon frère et moi. On n’osait pas lui dire que c’était mieux chez notre famille d’accueil. Elle avait déjà peur qu’on fasse plus d’activités avec eux. Chez notre mère, nous n’avions qu’une chambre pour deux, contrairement à chez notre famille d’accueil, et nos lits étaient superposés. Et il faisait toujours froid chez elle.

Les enfants placés en famille d’accueil ou en foyer ont une autre vision de la famille. L’épisode « L’autre famille » de l’Expérience, podcast documentaire lancé par France Culture, nous plonge dans les parcours de vie de jeunes sortants de l’aide sociale à l’enfance.

Je faisais plus d’activités avec ma famille d’accueil. Nous avons fait des voyages en France en camping-car, ce qui n’aurait jamais été pensable avec nos parents. Avec eux, on faisait juste les activités du coin. Ce qui était déjà bien. On n’avait pas les moyens de partir loin en camping ou je ne sais où et, de toute façon, les droits de visite étaient trop courts pour ça. La « chance » dans cette histoire, comme mes parents sont séparés, c’est que j’avais trois Noël, donc plus de cadeaux !

Mes amis « aisés » critiquent facilement ceux qui le sont moins

J’ai été placé car mes parents sont alcooliques. Je voyais mon père et ma mère séparément, environ une fois par mois. Je les vois encore de temps en temps et nous avons maintenu une bonne relation malgré les problèmes que la maladie nous a causés. Notre mère biologique a toujours voulu cacher à son entourage que nous étions placés, par honte, car pour elle c’était un échec de vie. Mon père, plus touché par l’alcoolisme, a enchaîné les cures à l’hôpital. Donc le placement a été accepté plus facilement. Mon frère, qui a un an de moins que moi, se montrait plus discret que moi à ce sujet : le fait d’avoir deux familles le gênait car il avait sûrement peur des jugements.

Je suis attaché au confort, et cela rend moins agréable d’aller chez mon père ou ma mère. Mais avec mes parents, j’ai appris le respect des autres car ils étaient souvent entourés de personnes en train de survivre ou de se laisser couler à petit feu à cause de l’alcoolisme.

Placé en famille d’accueil à 10 ans, Kevin a gardé un lien fort avec sa mère. Un jour, il a dû faire un choix douloureux : vivre chez sa mère ou rester en famille d’accueil.

J’ai appris à respecter les personnes issues de milieux sociaux moins aisés, contrairement à certains de mes amis « aisés », qui n’ont jamais connu les difficultés de ces personnes et qui du coup ont des critiques faciles. Ils ne savent pas ce que ça fait de voir la moitié de ses voisins alcooliques se répéter dix fois à cause de la perte de mémoire. Pour eux, c’est ce qu’ils méritent mais, malheureusement, nous ne choisissons pas le climat dans lequel on naît.

Moi, je me sens plus à l’aise dans un environnement social moyen car j’y ai passé plus de temps… mais sans vouloir rien dénigrer.

 

Maxime, 22 ans, en recherche d’emploi, Saint-Etienne

Crédit photo Unsplash // CC  Daniel Von Appen –  CC Courtney Nuss

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