Lola L. 17/09/2021

Trop à gauche pour ma famille et trop à droite à la fac

tags :

En pleine année électorale, on parle plus de politique. Lola pioche ses idées à droite à gauche, alors sa famille et ses amis la mettent tantôt dans une case tantôt dans l'autre.

C’est à la suite d’un repas en famille que l’idée a émergé. J’étais à table avec mes parents et mon frère. Nous regardions un débat politique à la télé. Sur le plateau, deux hommes, porte-parole du Rassemblement national, en face deux autres hommes de la République en marche. Nous écoutions tous les quatre et je ne pouvais m’empêcher de penser que, forcément, nos avis seraient différents. J’avais hâte de connaître les opinions de mes parents et de mon petit frère qui, du haut de ses 17 ans, commence à s’intéresser à la politique. Mais rien.

Personne n’a renchérit et nous sommes passés sur un autre programme. Perplexe, j’ai demandé : « Pourquoi nous ne parlons que rarement de politique ensemble ? » Je n’ai eu comme réponse que les airs surpris de mes parents. Mon père a fini par me répondre qu’il y a des sujets qu’il est préférable de ne pas aborder en famille et qu’il ne veut pas que l’on « se dispute ».

Pour mon père, je vis encore dans « le monde de Oui-Oui »

À ce moment-là, notre débat a commencé. D’habitude, nous parlons plutôt librement de sujets que je qualifierais de plus « tabous ». Pour moi, le cadre familial est comme un cercle où les paroles sont libres et les jugements proscrits. Parler ensemble d’argent ou de sexe n’est pas quelque chose de complexant chez nous. Je ne comprenais donc pas pourquoi la politique devait être un sujet plus sensible.

J’ai exposé mes idées et surtout les difficultés que j’avais à me catégoriser dans un parti plutôt qu’un autre. Expliqué que pour certains points, notamment les politiques sociales et humanitaires, mes idéaux se rapprochaient davantage des partis socialistes. Cependant, mon avis sur les politiques économiques était davantage en corrélation avec les idées des Républicains. Après ma longue tirade, personne ne m’a répondu et mon père a souri.

J’étais vexée. Je m’attendais à ce qu’il me répète les mots qu’il m’avait déjà dit plusieurs fois : que ma vision des choses est trop idéaliste, que je suis jeune et que je vis encore dans « le monde de Oui-Oui ». Que mon avis n’est que temporaire et que les difficultés de la vie vont faire varier mes opinions. À chaque fois que l’on me répète cela, j’ai l’impression que mon avis n’est pas pris au sérieux et que mes opinions ne sont qu’un rite de passage qu’apparemment tous les jeunes vivent. C’est exactement la même chose quand il me dit que « le féminisme n’est qu’une mode temporaire et que cela va partir aussi vite que c’est venu ». Comme s’il existait un chronomètre et que, passé un certain âge, toutes mes idées allaient changer.

« Je ne suis pas une Gilet jaune, alors je suis de droite »

Comment pouvons-nous penser que la tolérance, la solidarité et l’égalité entre les Hommes ne peuvent être que des rites de passage ? Cela me rappelle quand j’étais enfant et que l’on me répétait : « Tu verras quand tu seras grande… » ; « Tu comprendras plus tard, quand tu seras grande … » Sauf que je suis grande maintenant et que je ne comprend toujours pas.

J’entends dire que de plus en plus de jeunes se désintéressent de la politique. Seulement, avant de nous dire que les jeunes sont « trop jeunes pour être capable de bien voter », il faudrait commencer par écouter nos idées.

Selon l’Ipsos, 87 % des 18-24 ans se sont abstenu·e·s lors des élections régionales, mais pas par désintérêt ! Le Monde est allé à la rencontre de jeunes qui veulent participer différemment et ardemment aux prises de décision. Mais qui n’ont pas les codes.

Ma famille n’est pas la seule avec qui mes avis divergent. À la faculté, je suis en sciences humaines et sociales et, conformément aux clichés, beaucoup d’entre nous s’identifient à des partis politiques plus socialistes, sans faire l’unanimité. Ce qui m’est le plus dérangeant est que l’on se sent obligé de catégoriser les personnes « plus de droite » ou « plus de gauche », comme si la politique se résumait à des « je suis pour l’immigration, je suis de gauche » et des « je ne suis pas une Gilet jaune, alors je suis de droite ».

Quand je parle à mes ami·e·s, certains me catégorisent plus de droite car je n’approuve pas certaines « idées de gauches » comme certains actes syndicaux. Certains m’ont même déjà dit qu’ils ne comprenaient pas pourquoi j’étais en sociologie et pas en droit ou en école d’ingé. Comme si tes opinions politiques devaient guider ton choix d’études ! Je me retrouve alors « le cul entre deux chaises ».

Quand une personne expose un avis complètement différent du mien, je bloque

Mon opinion est trop idéaliste et socialiste pour mes parents mais, à la fac, je ne suis pas assez retranchée dans mes opinions et mon point de vue sur l’économie est trop républicain. Pourquoi ne pouvons-nous simplement pas écouter les avis de chacun sans nous sentir obligés d’allumer des sonneries d’alarme et de juger que nous sommes « trop ceci … mais pas assez cela … » ?

À force d’en discuter, je me suis rendu compte que mêmes les personnes les plus ouvertes d’esprit pouvaient avoir du mal à concevoir qu’une personne puisse avoir des opinions politiques différentes des siennes. Moi la première. Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup mais, malgré tout, sur certains sujets sociétaux, quand une personne expose un avis complètement différent du mien, je bloque. Dernièrement, par exemple, on parlait beaucoup de la loi de bioéthique et, dès qu’une personne essayait de démontrer ses arguments contre son adoption, je devenais hermétique.

Ilona étudie à la fac de Nanterre. C’est en s’engageant qu’elle a forgé ses opinions politiques : « L’entrée dans le supérieur rime avec découverte de soi : on rentre dans le monde des adultes, on a plus de libertés. Pour moi, ça a aussi été l’entrée dans la vie politique. »

Je sais que je ne suis pas la seule à me sentir délaissée et non écoutée. La preuve, quand j’ai dit que je devais écrire un article sur les différences politiques intrafamiliales, bon nombre sont ceux qui m’ont souhaité du courage. Ce n’est pas dramatique me direz-vous, mais je crois qu’en discuter et échanger sur ces sujets fait avancer. Cela nous fait réfléchir sur nos idées et les fait évoluer. C’est aussi une manière de s’améliorer.

Lola, 21 ans, étudiante, La Londe-les-Maures

Crédit photo Hans Lucas // © Sandrine Marty

Partager

Commenter