Angelina S. 14/10/2018

Quitter mes parents à 13 ans, ça m’a permis de grandir

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Pour trouver un établissement scolaire mieux adapté à son niveau, Angelina a quitté Perpignan et ses parents, à 13 ans.

En sixième, j’étais en SEGPA à Perpignan. J’étais dans cette section parce que j’ai des problèmes de mémoire. Je dois répéter et réviser plusieurs fois les cours. L’école a toujours été compliquée pour moi. Quand un prof demande une date par exemple, les autres élèves se déchainent pour répondre et moi je n’en ai aucune idée. En sixième SEGPA, les profs nous faisaient des cours de maternelle. Ils nous donnaient des devoirs de maths où on devait compter des oursons ! L’ambiance était bruyante, mais on n’avait pas vraiment besoin de calme car c’était très simple. En sortant de la sixième, j’avais vraiment l’impression de ne rien avoir appris.

À ce moment là, ma tante habitait à Paris. Je l’appelais souvent, c’était la personne à qui je me confiais sur mes problèmes à l’école et aussi à la maison. Je n’avais pas trop envie d’en parler directement à ma mère pour pas qu’elle s’inquiète. Ma tante m’a proposé de venir à Paris car elle avait fait des recherches et avait trouvé une SEGPA plus sympa. Elle m’a appelée et elle m’a dit : « Il y a une école sympa à côté de la maison, si tu veux, tu peux venir habiter chez nous. » J’avais 13 ans. J’ai beaucoup hésité car j’ai pensé à ma mère et au fait de partir loin. Finalement, elle m’a soutenue dans ma décision. C’était perturbant car je savais que là-bas, je ne connaissais personne.

J’avais l’impression qu’on me prenait en otage

Mon oncle et ma tante ont fait une pause dans leur vie pour mon avenir. Avec ma tante, on avait déjà une bonne relation, mais avec mon oncle, c’était moins le cas. Ma mère me faisait beaucoup plus confiance, j’avais plus le droit de sortir après les cours. Là, j’avais l’impression qu’on me prenait en otage. Quand je rentrais chez mon oncle et ma tante, il y avait déjà des devoirs sur la table ! Mais l’adaptation était difficile pour eux aussi. À la base, ils ne voulaient pas d’enfant et ils se retrouvaient avec moi à la maison.

L’année de cinquième a été compliquée. Cela me faisait mal de me sentir seule, loin de mes parents et de mes soeurs. Je me disais que je perdais des années d’adolescence avec eux. Mais dès la quatrième, les choses ont commencé à aller mieux. Ça s’est amélioré avec mon oncle qui m’a acceptée dans la maison. Avec ma tante, ils m’emmènent faire des sorties comme du bowling ou des trucs cool ! Mes parents et mes sœurs, je ne les vois que pendant les vacances. Dans ces moments-là, chaque jour est précieux.

Je suis beaucoup plus autonome

Pour l’école, j’ai vraiment l’impression d’avoir appris beaucoup de choses, de m’être améliorée, je retiens beaucoup mieux et plus vite. Dans ma nouvelle SEGPA, même si on est un peu plus nombreux dans ma classe, les cours sont un peu au-dessus de mon niveau, donc ça me pousse à apprendre beaucoup de choses et à réviser. Les profs expliquent mieux. Ça nous permet d’apprendre plus rapidement, d’acquérir plus de connaissances. Je n’aime toujours pas les cours de maths, qui sont en plus devenus plus compliqués, mais maintenant j’aime l’histoire. Celle d’avant arrivait parfois en cours et disait : « Bon, on démarre quel chapitre ? » Aujourd’hui, on arrive, on a même pas à réfléchir, on a juste à commencer le cours et à écouter.

Et ce changement ne m’a pas fait du bien qu’au niveau des cours ! Par exemple, aujourd’hui, je suis beaucoup plus autonome que mes sœurs, même si ce sont mes grandes sœurs. Chez mon oncle et ma tante, je suis souvent toute seule, car ils travaillent dans la restauration. J’ai appris à faire les courses, à me faire à manger, et par exemple quand je sors, je me donne des limites, je prévois de rentrer à une heure qui va leur plaire.

Tout le monde l’a remarqué ! J’ai appris à me débrouiller.

Angelina, 15 ans, collégienne, Paris

Crédit photo Adobe Stock //  © VadimGuzhva

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