Mouss T. 17/02/2022

Réinsertion : j’étais mieux suivi en prison

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Faute d'interlocuteurs pour retrouver un logement et un emploi, Mouss a du mal à se réinsérer après son séjour en prison.

En prison, j’avais le soutien d’associations pour m’accompagner dans mes démarches, comme tout ce qui est administratif. Mais, après avoir payé ma dette, je me retrouve livré à moi-même à l’extérieur. Et c’est très compliqué, je n’ai pas de logement, ni de revenus. Je ne peux rien faire, je suis bloqué dans la réinsertion.

Je suis sorti le 22 octobre 2020 après un an d’incarcération. Ça a été très compliqué de reprendre les démarches seul. Grâce au Spip (service pénitentiaire d’insertion et de probation), j’ai pu intégrer la formation au sein de l’association l’Îlot. À part pour la formation, ils me servent à que dalle. Toujours les mêmes questions pour le suivi… Alors que j’aimerais savoir plus de choses à propos du logement, du travail, car c’est très difficile. En ce moment, je vis chez ma sœur à Saint-Denis et je touche le RSA, aidé par la famille.

J’étais mieux suivi en prison. L’accompagnement dans les démarches, c’était plus facile. Là-bas, le message passait mieux quand vous demandiez un truc au Spip, il répondait par écrit. Là-bas, j’avais une psychologue deux fois par mois. Et on vous le rappelait ! Là, je ne l’ai pas vue depuis février alors que je dois encore la voir une fois par mois. Dehors, il faut tout réapprendre, il y a plein de choses que j’ai oubliées. Il faut prendre le temps et vous ne savez pas par où commencer.

À ma dernière sortie, on me suivait trop

En 2021, je dois tout faire moi-même alors qu’en 2019, à ma dernière sortie, on me suivait trop. À cette époque, j’étais en libération sous contrainte : j’avais un logement et un travail avec l’Aprémis (Accompagnement prévention réflexion et médiation pour l’insertion sociale) sur Amiens, mais c’était précaire.

Au niveau du salaire, c’était 600 euros par mois, et les conditions de travail dans cette association en espaces verts et en restauration collective, ce n’était pas ça : on ne travaillait pas beaucoup mais on avait des rendez-vous de partout, sans pouvoir sortir d’Amiens. Il y a un tout et un rien dans le suivi en fait. Trois mois pour avoir une perm’… Interdiction de recevoir des gens après 19 heures ou de sortir. Beaucoup de contraintes et de règles pour une asso de réinsertion. On avait le logement, OK, mais on le payait ! Sur les 680 euros, ils me prenaient 110 euros, pour une chambre dans une colocation.

Sans adresse, vous n’avez le droit à rien

C’était lourd, mais aujourd’hui je n’ai personne pour m’aider. Ne serait-ce que pour ma demande de RSA ! Pour faire la démarche, il faut une adresse et des papiers à jour. Une pièce d’identité par exemple, ça a pris deux mois la dernière fois, je fais comment en attendant ? La déclaration de perte, il n’y a pas de photo dessus. Du coup, avec le Spip, ça pose problème aussi. Et même avec la pièce d’identité, sans adresse, vous n’avez le droit à rien.

Heureusement, on peut ouvrir une boîte postale dans n’importe quelle poste, ça devient votre adresse pour toutes les démarches. Ce n’est même pas le Spip ou l’assistante sociale qui me l’a dit ! C’est mon petit frère qui s’est renseigné.

À la première sortie de Bruno, ça a été le choc. Celui des retrouvailles avec ses proches, d’un rythme à défaire, d’un quartier changé. De nouveau en détention, il compte mieux préparer sa libération, en douceur.

Et alors pour le logement, c’est un truc de malade. Si vous n’avez pas fait de déclaration d’impôts, le logement – et surtout, le logement social ! – c’est mort. Heureusement, j’ai une « conseillère RSA » qui m’a aidé à faire ma déclaration. En détention, on ne me l’avait pas fait faire et, même sorti, c’est compliqué.

Dernière étape, le travail. Je pose mon CV dans plein de boîtes d’intérim mais après une longue détention, ça fait un trou dans le CV qui ne donne pas envie d’embaucher.

Faudrait mettre plus de moyens et d’accompagnement pour les anciens détenus, pour faciliter notre réinsertion. Conséquence de tout ça : on a l’impression de tourner en rond. C’est impossible de se construire, d’avoir une stabilité, de passer à autre chose. Et ça incite à retomber dans ce que tu faisais avant.

Mouss, 32 ans, en formation, Seine-Saint-Denis

Credit photo Unsplash // CC Nubelson Fernandes

 

Après la prison, la réinsertion

Le système carcéral doit accompagner

La réinsertion ne dépend pas que de la volonté des ancien·ne·s détenu·e·s. Selon l’article 130-1 du code pénal, la réinsertion est une mission de l’administration pénitentiaire : elle doit la garantir.

La réinsertion commence en prison

Se réinsérer dans la société du jour au lendemain, c’est impossible. C’est pour ça que la justice propose, théoriquement, des aménagements de peine, des permissions, mais aussi l’accès à un travail en prison. Dans les faits, moins de 30 % des détenu·e·s peuvent en bénéficier.

La réinsertion diminue le risque de récidive

Moins la sortie de prison et la réinsertion sont préparées, plus le risque de récidive est important. 63 % des détenu·e·s libéré·e·s de prison sans accompagnement récidivent dans les cinq ans. Aider à la réinsertion, c’est aussi faire diminuer la délinquance.

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