Brahim T. 04/08/2021

La barre de recherche Snap, c’est mon site de rencontre

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« Nassima », « Inès »... Un prénom suffit à Brahim pour ajouter des inconnues sur Snap. Ce n’est pas pour autant que le feeling passe avec les filles.

Selon moi, il y a quatre manières d’avoir des meufs sur Snap.

1 : Tu croises une fille dans la rue, tu prends ton courage à deux mains et tu lui demandes.

2 : Tu demandes à tes potes de te donner les pseudos Snap de leurs potes célibataires.

3 : Un ami à toi met une meuf en Story (avec son pseudo) et tu l’ajoutes.

Depuis que j’ai eu mon téléphone en janvier, j’ai déjà essayé les trois techniques, mais celle que je préfère, c’est la quatrième, celle de la barre de recherche.

Quand je ne suis pas en couple, avec des amis, on recherche des meufs sur Snap en fonction de leur prénom. Ça a commencé par un délire entre potes, puis on a enchaîné. Ça peut marcher sur Insta, mais c’est mieux de le faire sur Snap. Insta, c’est trop cramé : à tout moment, on voit à qui tu es abonné et qui est abonné à toi.

Je vous explique : je vais dans la barre de recherche Snap et je prends un nom au pif. Il y a deux mois, je suis parti taper « Nassima » et « Inès ». J’ai choisi ces deux prénoms en fonction de mes critères physiques, mais ça aurait aussi pu être « Lina » ou « Rania »… Je pourrais aussi chercher une « Clara » (il y a des Clara qui sont belles !) mais les Maghrébines c’est un peu mon style du moment, on ne va pas se mentir. Après, chacun ses goûts. Moi en vrai, je ne suis pas difficile, mais je me base un peu sur le physique quand même.

J’ajoute cinq profils, un peu au feeling

Une fois que j’ai choisi un prénom, j’ajoute à peu près cinq profils, un peu au feeling. Je ne me fie pas aux bitmoji (avatar personnalisable) parce qu’il y a des filles belles qui n’en ont pas. J’en ajoute pas non plus cinquante parce que, deux fois de suite, je me suis fait bloquer mon compte par Snap vu que j’avais ajouté trop de personnes. J’avais dû récupérer mon profil à l’aide d’un site pour le débloquer. Bref, revenons à ma technique. Ce jour-là, on est en février, j’ajoute cinq profils, il y en a deux qui m’acceptent : une Inès et une Nassima.

J’ai commencé à faire connaissance avec les deux. Inès, elle m’a dit direct : « On se connaît ? Comment tu m’as ajoutée ? » Je lui ai répondu : « J’ai utilisé l’ajout rapide. » Je lui ai mis une disquette mais, en même temps, je n’allais pas lui dire la vérité. Elle m’aurait pris pour un mec chelou ! Après, on a commencé à parler. Elle m’a envoyé sa tête en photo, moi la mienne. Elle m’a dit : « Ouais, ça va t’es mignon ! » Elle était belle, normale : elle était brune, elle avait des lèvres pulpeuses, ça lui allait bien. Par contre, je ne lui ai pas demandé si elle avait mis un filtre parce que ça ne se fait pas ! Au bout de trois ou quatre jours, on a parlé au tel. C’est mieux pour apprendre à la connaître et entendre sa voix.

Dans ma tête, j’étais en couple avec les deux

Nassima, elle, a directement commencé à me faire des vocaux, en mode : « Ouais, ça va ? Tu dis quoi ? Tu viens d’où ? » Elle avait l’air plus à l’aise qu’Inès, mais perchée un peu. Dès le premier jour, elle m’a envoyé quatre ou cinq photos de sa tête. Comme Inès, elle avait les cheveux et les yeux noirs, elle avait l’air petite et avait la peau claire. À ses photos, j’ai répondu « bien vu ! », genre pour la remercier, mais sans en faire trop. Elle a eu l’air un peu deg’, je pense qu’elle s’attendait à ce que je lui dise qu’elle était belle.

« Préférer » une femme maghrébine, noire ou asiatique n’est souvent pas qu’une affaire de goût : c’est ce qu’on appelle de la fétichisation raciale. Dans son podcast À l’intersection, Anas Daif s’est penché sur ce phénomène qui essentialise, objectifie et exotise les personnes racisées.

Mais ça aussi, ça fait partie de mes techniques d’approche : je ne dis jamais à une meuf qu’elle est belle dès le premier jour parce qu’après elle prend trop la confiance. Quand je les ajoute, je commence à les faire rire ou à les taquiner sur leur façon de parler, sur leurs photos ou leurs Stories. C’est la meilleure façon d’aborder la discussion. C’est des canards les gars qui font des compliments. Or, les meufs elles n’aiment pas les canards. Ça, je le sais depuis qu’une meuf à qui j’avais envoyé des cœurs il y a deux ans a dit à mon cousin que je n’avais pas de fierté et pas de caractère.

Bref, pendant plusieurs mois, j’ai continué à parler avec elles. Avec Nassima entre février et avril, et Inès de février jusqu’à mars. Nassima habitait dans le 11e à Paris, alors qu’Inès habitait à Marseille. Dans ma tête, j’étais en couple avec les deux, mais elles, elles ne savaient pas. À part si elles étaient vraiment à l’affût.

Au tout début, j’ai eu un petit penchant pour Inès, car elle me plaisait plus physiquement. En les rencontrant, j’ai finalement eu plus de feeling et plus de délires avec Nassima. En plus, elle habitait à Paris, c’était plus pratique.

J’ai voulu faire le Tony Montana mais je me suis pris un mur

Au mois de mars, j’ai eu un date avec Nassima, place de la République. Je n’étais pas stressé, j’étais content de la voir en vrai, après un mois à parler sur Snap. La première fois, on était un peu gênés. Ce n’était pas un fake, elle avait la même tête que sur ses photos. Elle avait un jean large et un haut noir. Moi, j’étais un peu moins assuré que sur Snap, parce que j’avais moins le temps de réfléchir avant de parler. On s’est vus, on a mangé un MacDo, on a parlé de tout et de rien, elle m’a raconté sa vie. On avait les mêmes délires que sur Snap. Heureusement, quand même, que je l’avais eu au téléphone pendant un mois et que le feeling était passé, ça a rendu le moment moins gênant.

Draguer un maximum de filles, ne pas faire le « canard », évaluer les filles entre elles sur leur physique… ça n’intéresse pas Damien. Même si c’est la marche à suivre pour gagner le respect des gars de son collège.

Aujourd’hui, je ne parle plus à aucune des deux. Avec le temps, Nassima a beaucoup changé et elle me répondait trop sèchement. On ne s’est jamais revus et on a fini par couper court. Inès, elle, m’a bloqué sans raison. J’ai eu le retour de flamme, j’ai voulu faire le Tony Montana, mais je me suis pris un mur. J’ai laissé passer un peu de temps et j’ai refait appel à ma barre de recherche, j’ai retapé « Inès » et j’ai ajouté celles que je n’avais pas ajoutées la première fois. En vrai, j’aime bien les Inès, je suis sûr qu’un jour, je tomberai sur la bonne.

 

Brahim, 16 ans, lycéen, Paris

Crédit photo © Snapchat / Unsplash // CC Jonas Leupe

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