Elinor T. 04/09/2023

2/4 Une bulle de privilégiés

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Être au lycée français, c’est faire partie de l’élite. Pour Elinor, c'est surtout venir de familles privilégiées capables de payer plus de 4 000 euros l’année.

Moi, je suis fille de directeur, je suis dans ce lycée grâce au travail de mon père. Excepté quelques boursiers, il n’y a que des élèves friqués. Je vis au milieu d’enfants de diplomates, de fils de profs ou de directeurs d’entreprise. On est tous « fils ou fille de ».

Les écarts de richesse au Maroc me choquent depuis le jour de mon arrivée à Tanger il y a un an. Peu importe à quel point je m’intègre dans ce pays, je pense que mon regard ne changera jamais. Dans mon lycée, j’ai l’impression que ça ne dérange personne. Personne n’en parle. Je pense qu’ils sont juste trop enfermés dans leur bulle, tellement enfermés qu’ils ne voient plus la réalité. Car être au lycée français, c’est être privilégié, c’est faire partie d’une élite.

Une scolarité à plusieurs milliers d’euros

On a un accès à une éducation qui ouvre les portes de plusieurs universités étrangères, contrairement à l’éducation marocaine qui, malgré son niveau, est plus fermée. On est privilégiés financièrement parlant, le prix du lycée étant élevé. Je ne sais pas combien ça coûte, c’est l’entreprise qui expatrie mon père qui paie. Selon le site du lycée, c’est entre 4 000 et 5 300 euros par an.

J’ai la chance de ne pas toujours avoir vécu ici, de ne pas être enfermée dans cette bulle et d’avoir du recul. Lorsque je marche dans la rue, je n’aide peut-être pas toujours le mendiant que je vois, mais je ne détourne jamais les yeux, je n’oublie jamais sa condition. Alors que quand je mange avec des amis, ils détournent les yeux, ils ignorent, ça m’insupporte.

Une réalité plus nuancée

Quand je sors dans la rue, il m’arrive de subir des regards de travers de la part de la population, qui ne comprend pas ou n’accepte pas toujours ma présence dans leur pays. Quand je le raconte au lycée, on ne me croit pas.

Je n’ai jamais réellement su si on me regardait de travers uniquement parce que j’étais française ou si c’est parce qu’en tant qu’expatriée, ils pensent que je me sens supérieure. Dans les deux cas, j’imagine qu´ils ont un peu raison. On n’a pas la même vie. Je vis dans une maison avec piscine dans un quartier reculé.

SÉRIE 3/4 – Le lycée français, c’est aussi un lieu intransigeant, où les différences entre élèves locaux et élèves venus d’ailleurs se font sentir. Bien que marocaine, Ellie n’a pas été très bien accueillie.

Capture d'écran de l'article 3 (celui d'Ellie) de la série "La ZEP fait sa rentrée au Maroc". Sous le titre "Comme une intruse dans mon pays", on voit une illustration : à gauche du dessin se trouve un bâtiment bleu avec six fenêtres. Dans l'une, des enfants sourient et courent vers la gauche. Dans une autre, des mains tendues se croisent. Dans celle du haut, on voit des drapeaux, dont un tenu par une jeune fille. Dans les trois petites du bas, des mots en arabe. A droite, une jeune fille de couleur verte avec les cheveux ondulés a la tête penchée sur un rectangle bleu sur lequel se trouve un gros point d'exclamation jaune. Au-dessus de se tête se trouve un tas de masques jaunes.

Pourtant, quand je cherche le contact, quand j’engage la conversation en dehors du lycée, les Marocains sont plus ouverts et respectueux. J’ai du mal à saisir ce paradoxe. Parfois, j’aimerais bien que mes amis se rendent compte de la chance qu’ils ont, qu’ils arrêtent de regarder de haut le reste de la population. Mais j’ai l’impression que le futur a plus de chance d’être composé de moi qui ferme les yeux plutôt que d’eux qui les ouvrent.

Elinor, 16 ans, lycéenne, Tanger (Maroc)

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

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