Kelvin C. 25/02/2022

Violences policières : serais-je le prochain ?

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Pour ne pas avoir porté de masque, un de ses amis a été tabassé par un policier. À force d’assister à ce genre de scènes, Kelvin se méfie d’une institution qui couvre systématiquement les violences policières. 

Le vendredi 23 avril 2021, j’ai été témoin de violences policières à Saint-Denis. Mon frère et deux potes à moi étions allés chercher un autre ami en bas de chez lui. Tout à coup, un Berlingo de police est arrivé. Ils sont descendus et nous ont contrôlés. L’un d’entre nous n’avait pas de masque, et un policier a commencé à l’insulter de tous les noms : « Sale pute » ; « Salope » ; « Ta mère la pute. »

Le policier l’a frappé. Comme nous étions à côté, nous voulions les séparer, mais l’un des policiers nous a jeté une bombe lacrymogène. Ils ont ramené mon pote dans le bâtiment et ont commencé à le frapper. Quand ils sont sortis du bâtiment, je suis entré et je l’ai vu ensanglanté par terre.

Quatre témoins mais la plainte refusée

Nous l’avons ramassé. On l’a ramené chez lui. J’étais fou de rage, énervé et triste. Normalement, les forces de l’ordre n’ont pas le droit de frapper une personne, encore moins pour un masque. Mon ami est parti à l’hôpital. Il était rempli de sang, son visage était gonflé et il avait une arcade cassée. Sa mère est partie porter plainte.

Malheureusement, la plainte n’a pas été prise au sérieux. Ils ne l’ont pas crue parce qu’elle n’avait pas assez de preuves. Nous n’étions que quatre témoins, alors ils ont annulé la plainte. Je ne me sentais pas bien, parce que je trouvais ça injuste. On était quand même quatre témoins… je n’ai pas capté. 

Mon pote est sorti de l’hôpital il y a un mois, mais je ne me sens quand même pas trop serein depuis qu’il a vécu cette histoire. Quand je vois la police, bah dans ma tête je peux me dire qu’ils peuvent me faire une bavure tout d’un coup. Alors c’est rare que je sorte, parce que ma mère ne veut pas que je subisse de violences policières. Depuis, je n’ai plus confiance en eux. 

Des violences policières, il y en a eu d’autres

Mon frère aussi a été victime d’une violence policière. On était devant la boulangerie, les policiers sont venus en courant vers lui et ils ont commencé à le frapper devant tout le monde. J’ai vu d’autres personnes se faire gifler par la police. Souvent, elle pense que les jeunes sont insolents alors que c’est juste leur manière de parler. 

Nombre de jeunes des quartiers populaires connaissent par cœur la police. Au fil des contrôles et des patrouilles, ils les reconnaissent, les surnomment, détectent leurs habitudes. Pour s’en amuser et pour mieux échapper à leurs violences. Car derrière cette apparente proximité, le rapport de force qui les oppose vire parfois à l’affrontement.

Capture d'écran de la miniature de la série "Notre police de (trop grande) proximité. L'illustration montre plusieurs contrôle de police, des jeunes qui s'enfuient dans une cage d'escaliers, ainsi qu'une conversation tendue entre un jeune et un agent.

Cette expérience avec mon pote m’a beaucoup choqué parce que c’était la plus violente que j’ai eue. J’ai toujours été témoin mais je n’ai jamais été victime. Et comme ça ne m’est jamais arrivé, bah je me pose des questions. Je me dis que, peut-être un jour, ça m’arrivera à moi.

Kelvin, 15 ans, lycéen, Garges-Sarcelles

Crédit photo Hans Lucas // © Karim Daher

 

Contrôles et violences à répétition dans les quartiers

20 fois plus de risques d’être contrôlé quand on est un jeune homme noir ou arabe

Les 18-25 ans sont sept fois plus contrôlé·e·s par la police que le reste de la population. Parmi elles et eux, ce sont les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes qui en subissent le plus : 80 % d’entre eux ont été contrôlés ces cinq dernières années.

La moitié des enquêtes de l’IGPN ouvertes pour des faits de violence

En 2020, l’inspection générale de la Police nationale (IGPN) a reçu 5 420 signalements. 1 101 enquêtes judiciaires ont été ouvertes, la moitié pour violences. 38 enquêtes ont également été ouvertes par l’IGPN en 2020 pour injures à caractère raciste ou discriminatoire (contre 21 en 2019).

Les banlieues aussi ont leur porte-voix

L’équipe de l’écho des Banlieues s’est rendue au quartier des Mille-Mille, à Aulnay-sous-Bois, pour le raconter à travers les regards de ses habitant·e·s. Un documentaire de 30 minutes qui questionne, entre autres, le traitement médiatique des quartiers et les violences policières.

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