ZEP 27/09/2021

VIDÉO – Pour me lancer en politique, j’ai dépassé l’autocensure

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Brandy a un pied dans l'associatif et l'autre en politique. Il démontre, par son engagement, que la politique est pour tout le monde.

En janvier 2018, j’ai cofondé l’association Cité des Chances avec Lauren Lolo. Son but est de sensibiliser les jeunes des quartiers populaires à la chose publique. J’ai grandi à Sarcelles, et on y était assez loin de la chose publique ; de toutes ces questions politiques, citoyennes, associatives. C’est là que j’ai eu l’idée de créer Cité des chances. Ça vient de mon histoire : à 17 ans, je ne connaissais pas le Premier ministre, et aujourd’hui, j’ai créé Cité des chances. J’en suis arrivé là grâce aux expériences, opportunités, mais surtout parce que j’ai eu beaucoup de chance. Et ce n’est pas normal.

Il faut que ce soit structurel, que tous les élèves, à un moment donné, aient le choix de se politiser ou non. Après le bac, j’ai fait un DUT en gestion d’entreprise. La première chose qui s’est passée, ça a été mon élection au conseil d’administration. Des filles que j’ai rencontrées dans le couloir, que je connaissais, m’ont dit : « Voilà Brandy, nous, on est intéressées pas le conseil d’administration. On voudrait que tu viennes avec nous. » On a fait campagne, on a fait la liste et on a gagné. Et j’ai commencé à siéger au conseil d’administration.

La politique, un bon moyen pour aider les gens

Un jour, parce que les réunions étaient super longues, la directrice de l’IUT, pendant une pause, m’a dit : « Brandy, on voit très bien que tu veux représenter les élèves et, quand tu parles, les gens t’écoutent. Moi, je pense que tu serais bien en politique. » Mais, moi, j’avais beaucoup d’a priori négatifs sur la politique. Ce truc de voyous, de voleurs, je n’en voulais pas. Je voulais une vie tranquille. L’expérience qui m’a conforté et a encore mis des doutes sur mon orientation, ce fut l’élection des délégués. Ça ne m’intéressait pas du tout. Jusqu’à ce que le professeur nous dise : « Les candidats devront faire un discours. » Et là, ça m’a beaucoup plu, parce que j’ai toujours aimé me montrer. J’ai gagné à 80 %, et tout le monde m’a dit : « Brandy, fais de la politique. » Alors que moi, j’avais beaucoup d’autocensure. Ce n’était pas ma place.

Il y a une troisième expérience qui m’a vraiment fait basculer dans le côté politique : mon stage à la maison de l’emploi, à Louvres. Ils font le lien entre les entreprises qui cherchent des salariés et les personnes qui cherchent du travail. Étant donné que Louvres est à côté de l’aéroport de Roissy, c’est un bassin d’emploi assez élargi. Donc, dans ma logique, s’il y a beaucoup d’emplois proposés, il ne devrait pas y avoir beaucoup de chômage. Et bien non.

Il y a des personnes qui n’ont pas forcément le permis, des personnes qui n’ont pas la nationalité française, d’autres qui ne parlent pas le français, et tous ces freins font que travail ne veut pas forcément dire emploi. Et je trouvais ce problème et cette complexité belles. Dans le sens où je voulais aider ces gens-là. Et, la politique, c’est un bon moyen d’aider les gens.

Je me suis présenté pour être maire de Louvres

C’est pour ça que, pour les municipales de 2020, je me suis présenté pour être maire de Louvres, avec un score très honorable. Aujourd’hui, je suis conseiller municipal et j’influe sur les décisions de la ville en ce qui concerne les écoles, etc. C’est très important d’avoir des personnes qui sont issues de la « diversité » et de banlieue. J’ai la conviction qu’il faut que les mentalités évoluent, qu’il y ait beaucoup moins d’autocensure, que les gens se sentent légitimes et capables de faire changer les choses, de porter une voix. Et ça, c’est le but de Cité des chances.

Écologie, harcèlement de rue, vie étudiante, politique… : les facecams de la ZEP sont à retrouver en intégralité sur notre chaîne Youtube !

Cinq jeunes posent devant notre caméra, notre logo incrusté à leurs pieds.

D’autre part, il faut changer les structures de l’État, afin qu’elles soient beaucoup plus inclusives, que des personnalités qu’on n’a pas l’habitude de voir puissent émerger et porter une voix à l’Assemblée, au Sénat, etc. Et pour ça, il faut changer la structure au niveau politique.

Je marche sur mes deux jambes, d’un côté l’associatif, faire en sorte que Cité des chances se développe le plus possible, et qu’on aille dans tous les lycées de France pour sensibiliser le plus de jeunes à la chose citoyenne. De l’autre côté, au niveau politique, monter le plus haut possible pour faire en sorte que, finalement, les structures changent et qu’elles soient beaucoup plus inclusives.

 

Brandy, 24 ans, salarié, Louvres

Musique : Kiala Ogawa

Réalisation : Elliot Clarke / ZEP

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