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ZEP 24/05/2022

2/6 VIDÉO – Mon afro a une histoire

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Winona a mis longtemps avant d'assumer et d'aimer ses cheveux crêpus. Aujourd'hui, elle porte avec fierté son afro, symbole de son identité.

« Tes cheveux ressemblent à du coton » ; « Je peux toucher ? » « Ils sont beaux tes faux cheveux » ; « Oh trop cool, on dirait de la barbe à papa. » Voilà ce que disent les gens de mon école quand ils voient mes cheveux. Moi, ce que je vois, c’est un bouquet de roses. La beauté de mère Nature.

Je me sens belle avec mais, plus jeune, ils ne correspondaient pas à mes attentes. Je les voulais longs, denses, fluides, comme les filles sur YouTube. Alors, pendant mes années collège, j’ai eu du mal à sortir de ma zone de confort. Je faisais toujours des braids (des tresses avec des extensions, une des coiffures protectrices les plus populaires pour les cheveux afros).

Puis, je me souviens d’un jour, en quatrième, où je suis allée au collège avec mon afro.

Scrutée comme si j’étais une criminelle

Je ne peux même pas décrire la sensation dans mon ventre à la récréation. Les yeux des élèves s’étaient transformés en détecteurs de mouvement. À chacun de mes pas, on me scrutait comme si j’étais une criminelle. Je ne me suis pas laissée abattre.

Pourtant, au bout de deux heures, j’ai abandonné le combat à cause des remarques « juste pour rire » de mes camarades. Ces micro-agressions perpétuelles m’ont tellement découragée que j’en ai perdu l’envie de montrer mes cheveux au naturel.

Il m’a fallu quatre ans pour enfin avoir la force d’esprit d’assumer cette coiffure et de la brandir telle le symbole d’héritage et de courage qu’elle est. Vous vous rendez compte de l’absurdité de mes mots ? Avoir la force d’esprit. Pourquoi devrions-nous avoir de la force d’esprit pour simplement avoir une coiffure avec nos cheveux naturels ?

« Sales » et « indomptables » pendant l’esclavage

Quand j’étais plus petite, les femmes de mon entourage avaient les cheveux défrisés. Les cheveux naturels étaient synonymes de douleur et « d’indomptabilité ». Encore aujourd’hui, on nous répète toujours « il faut souffrir pour être belle », et c’est encore plus valable pour les femmes noires qui doivent « dompter » leurs cheveux.

C’est grâce aux réseaux sociaux que j’ai compris d’où venait notre complexe sur nos cheveux. Pendant l’esclavage, nous devions les cacher parce qu’ils étaient considérés comme sales, indomptables. Puis, durant la ségrégation, parce qu’ils étaient « non-professionnels » et « ghettos ».

Encore aujourd’hui, il suffit de faire le test avec Google Images. Cherchez  « professional women hairstyle »  (coiffures professionnelles femmes) et vous verrez une majorité de cheveux lisses et/ou ondulés. Certaines personnes, sous prétexte que leurs coiffures ne semblent pas professionnelles, se sont même vu refuser des emplois. Pour m’avoir éduquée sur tout ça, je peux remercier Safia de la chaîne Youtube Grandeurnoire.

Ces personnes non-noires qui les portent « pour le style »…

Souvent, quand je vois des coiffures (tresses, afro, bantu knots…) sur des mannequins ou des personnes non-noires qui les portent « pour le style », j’ai toujours cette pensée en tête : «  Mais attends, ils sont sérieux ? Ils ne savent même pas ce que ça représente. »

Beaucoup de nos coiffures ont une signification. Dans les tribus, elles étaient le reflet de nos statuts sociaux. Certaines de mes copines avec qui j’en ai déjà parlé me trouvent trop extrême et me tannent avec l’excuse : « Ce ne sont que de simples coiffures. » Je sais que c’est bien plus que ça : les cheveux, dans la communauté noire, c’est une des seules parties de notre identité qui, malgré l’oppression constante, a toujours subsisté.

Série 3/6 – Jézabel a tout pour réussir. Très consciente de ses privilèges, elle craint d’alimenter les inégalités qui la révoltent.Capture d'écran de la miniature de la suite de la série : la vidéo de Jézabel intitulée "Privilégiée, comment ne pas reproduire les inégalités ?"

Alors, aujourd’hui, porter mon afro me rend fière du chemin que j’ai parcouru. Je me sens plus forte et déterminée à me faire accepter comme je suis, peu importe les embûches qui m’attendent. Je revendique haut et fort la beauté, la préciosité, l’élégance des cheveux afro. Et j’espère, sur mon passage, encourager d’autres à faire de même.

Winona, 17 ans, lycéenne, Luzarches

Musique : Kiala Ogawa

Réalisation : Paul Ricaud / © ZEP

Le mouvement nappy

Contraction des mots « happy » et « natural », il désigne ce mouvement de libération capillaire des femmes noires dans le monde entier.

Naissance dans les années 60

Aux États-Unis, les personnes noires se mobilisent pour leurs droits civiques, et leurs manifestations sont très violemment réprimées. Les femmes noires décident de s’affranchir des codes et des diktats esthétiques imposés par la société blanche en laissant leurs cheveux crépus au naturel.

Être fier·e de ses origines et de son identité

Porter la coupe afro devient une revendication politique, et le symbole de la fierté d’appartenir à une communauté noire et métissée. Depuis 2019, plusieurs États américains ont adopté le Crown Act, une loi qui interdit la discrimination basée sur la coiffure ou sur la nature des cheveux d’un individu.

Vague d’afros sur les réseaux

À partir des années 2000, le mouvement explose sur internet, grâce à des blogueuses et youtubeuses aux cheveux crépus qui prônent ce retour aux sources capillaire. Des stars ont aussi rejoint le mouvement, comme Solange Knowles et Imany.

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1 réaction

  1. j aime .

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