Laura G. 30/06/2022

En cours, je comprends plus vite, donc je m’ennuie

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L'ennui, c'est le quotidien de Laura en classe depuis qu'elle est petite. Elle a toujours tout compris plus vite que ses camarades.

Tous les jours, je vais en cours. Je comprends tout et j’ai de bonnes notes. C’est parfois compliqué car je pense être en « avance » sur les autres gens de ma classe. On peut se dire que pour une élève comme moi, aller à l’école n’est pas un problème. Mais en fait si, parce qu’on s’ennuie, puisque le cours n’avance pas assez vite.

Depuis toute petite, j’ai toujours eu de bonnes notes. J’avais « tout vert » comme on disait, petits, en parlant de nos bilans de compétences de fin d’année. On m’a toujours dit que j’étais en « avance ».

Comprendre plus vite que les autres

Je pensais que ça voulait dire que j’étais plus intelligente que les autres. Mais en fait, ce n’est pas forcément ça. Je pense plutôt que certes, je suis intelligente mais c’est surtout qu’à l’apprentissage d’une notion, je vais aller plus « vite » et donc être en avance. On me le dit depuis toute petite. Mais me le dire ne change rien au fait que du coup, je trouve les cours ennuyants.

Au collège, c’était pareil. Que ce soit littéraire ou scientifique, que ce soit la notion de proportionnalité ou encore le participe passé, j’apprenais et retenais tout. Quand on allait aux rendez-vous parents/profs, on ne me disait rien de nouveau : « Laura comprend tout », « Laura participe », « Continue comme ça. » À la longue, on se demandait avec mes parents s’il était vraiment important de s’inscrire à ces rendez-vous.

On ne m’a jamais fait de remarques négatives lors de ces entretiens mais parfois, en cours, le professeur me faisait des remarques comme : « Arrête de dessiner ! » « Laura, tu écoutes ? » « Arrête de parler ! » Mais bon, entre nous, on savait bien qu’il ne pouvait rien me dire puisque, oui, j’écoutais et oui, je suivais le cours.

Répondre pour faire avancer le cours

Enfin, suivre est un grand mot. Je ne « suivais » pas le cours. J’écoutais d’une oreille et je participais lorsque personne ne levait la main. Parce que mes camarades de classe ne comprenaient pas tout (et c’est totalement normal). Mais du coup, parfois, le cours stagnait et je me devais de participer pour le faire avancer à mon rythme.

En classe, dès le CE1, j’aidais les autres personnes et je leur donnais les réponses pour que les cours avancent plus vite. Lors des corrections de dictée, il fallait « aider notre camarade à corriger ». Mais lorsque je voyais que mes camarades écrivaient « courses ipic », les « aider » à essayer de mieux écrire ce mot était plus compliqué que de leur dire que ça s’écrit simplement « hippiques ». En donnant les réponses, le cours avançait plus vite. On pouvait passer à une autre notion, passer à une nouvelle activité…

Essayer de tuer l’ennui

L’ennui c’est horrible. Quand tu as une personne à côté de toi qui veut bien parler, ça va. Mais quand tu es toute seule à ton bureau, que tu ne peux pas déranger les autres parce qu’ils ont le droit d’apprendre et qu’il faut les laisser se concentrer, et bien, rester à ta place à écouter le professeur répéter des choses que tu as comprises en primaire, c’est un peu énervant.

J’ai alors développé des techniques pour passer cet ennui : dessiner dans les marges, sur les tables, parler avec les autres et participer, pour rester un minimum concentrée.

Dépasser l’image de l’intello

J’avais une très bonne moyenne, et ça énervait les personnes à qui je le disais, car je ne travaillais pas, voire presque pas. Beaucoup de personnes m’ont déjà fait des remarques. Les plus fréquentes (surtout au collège) étaient : « T’es une intello ! », « On va se mettre avec elle comme ça on va avoir une bonne note », « J’ai eu une meilleure note qu’elle ! »

Au début, ces remarques m’ont fait mal. Je voyais ça comme des insultes et voir ces personnes me répéter à longueur de journée que je suis une « intello » et bien, ça m’énervait. Au fil des années, j’ai appris à passer outre parce qu’au fond, ouais j’ai des bonnes notes et alors ? Je travaille pour moi. C’est moi qui vais choisir mon avenir. Ils sont peut-être jaloux ? Ils n’ont pas besoin de se comparer à moi à chaque nouvelle note.

À force de me répéter ces phrases, j’ai réussi à prendre confiance en moi et à ne plus me sentir insultée quand on me qualifiait « d’intello ». Maintenant, les remarques ont un peu changé. À présent, c’est plutôt : « Comment tu arrives à faire deux choses en même temps ? », « T’arrives à écouter là ? »

Vivre avec l’ennui

Aujourd’hui, je suis en classe de seconde, en général, et je suis fière de voir qu’au lycée les mentalités changent. Et même si mes cahiers sont encore décorés de petits dessins partout, j’ai appris à vivre avec l’ennui. C’est donc un peu mieux. Depuis que je suis en seconde, je m’ennuie un peu moins car les attentes sont parfois plus hautes (comme en maths par exemple). Mais l’ennui est encore là.

J’ai même pensé à arrêter l’école après le bac, faire un CAP et comme ça ne plus avoir de remarques, d’ennui. J’en ai bien sûr parlé avec mes parents et on sait que j’ai les capacités pour aller plus loin. Avec le choix des spécialités pour l’année prochaine, j’ai la certitude que ce sera mieux car je serai dans des cours que j’aime et qui m’intéressent. Même si l’idée d’un CAP est encore dans mes pensées, je commence à aussi envisager des études supérieures. Mais mon avenir est totalement flou, car j’ai beaucoup trop d’idées.

Laura, 15 ans, lycéenne, Laval

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