Tristan M 19/11/2021

Dans mon quartier, les policiers viennent juste pour se défouler

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Devenus fréquents dans son quartier et au sein de son quotidien, Tristan a subi un contrôle violent de la police. Il raconte.

Il y a quelques mois de ça, je sortais de chez moi rejoindre mes amis au City stade de mon quartier, j’avais l’habitude d’emprunter cette route pour y aller. Tous les étés c’est notre point de rendez vous avec mes amis, tout le monde y va parce qu’il y a un jet d’eau et quand on allume la bouche d’incendie ça remplit le City et ça nous fait une piscine gratuite. Donc je me dépêche d’y aller, et sur la route j’ai croisé une équipe de police banalisée.

Je les ai reconnus à leur plaque, on a l’habitude qu’ils viennent dans ma cité, il sont souvent là. Jamais quand il y a un réel problème, par exemple quand un père de famille tape sur sa femme c’est nous les jeunes de la cité qui sommes là pour la défendre, ou quand il y a un feu dans un bâtiment, c’est les grands qui évacuent le bâtiment. Les policiers viennent juste pour faire des contrôles de temps en temps et ils repartent après s’être défoulés sur quelqu’un.

Ils m’ont contrôlé pour aucune raison

J’étais habillé en short tee-shirt ce jour-là donc il n’y avait pas de raison qu’ils me contrôlent. Mais ils m’ont quand même regardé jusqu’à s’en tordre le coup. Je les ai pas calculés, j’ai tracé ma route pour rejoindre mes amis et d’un coup la voiture me barre la route et monte sur le trottoir, un policier descend de la voiture matraque à la main et cours vers moi. Donc j’ai directement pris la fuite dans le sens opposé, les autres policiers sont restés dans la voiture et ont fait demi-tour. Ils m’ont barré la route et le policier qui me poursuivait à pieds m’a plaqué contre le sol, m’a menotté insulte sur insulte en me donnant des coups. Je lui ai dit de me lâcher devant toutes les mamans de mon quartier qui lui criaient dessus. Je me rappelle plus trop de ce qu’elles criaient, juste des cris qui me perçaient les oreilles.

Il m’a embarqué sans me fouiller, m’a jeté dans la voiture. Lui et ses collègues m’ont roué de coups en m’insultant de tous les noms. Je leur ai demandé de me lâcher, que j’ai des problèmes de santé et que si ils continuaient à me frapper ils allaient me tuer, donc ils ont ouvert la porte et m’ont jeté de la voiture en me traitant de fillette. J’étais à bout de souffle, des passants m’ont ramassé et m’ont demandé si j’allais bien. Ils ont pas vu la scène, ils m’ont juste vu essoufflé sur le sol. J’ai répondu que oui j’allais bien et je suis rentré chez moi. J’ai baissé les yeux en rentrant devant ma mère, je lui ai dit que j’étais ko et que j’allais dormir et voilà.

Depuis je fais comme si rien ne s’était passé

Les jours suivants je sortais comme s’il s’était rien passé, mes rapports avec la police n’ont pas changé plus que ça, je les calcule pas et je trace quand ils viennent, comme avant. J’essaie de ne pas penser à ce qui s’est passé, je me dis juste que c’est passé et voilà. J’évite de parler de ça avec mes potes parce que je sais que ça peut dégénérer la prochaine fois qu’ils repassent, si mes potes commencent à les embrouiller à cause de ce qui s’est passé, et j’ai pas envie que ça arrive à mes proches, donc j’évite d’en parler avec eux.

Les bavures sont tellement fréquentes chez moi qu’à l’heure où j’écris ce texte, on vient de m’envoyer un snap où des flics tabassent et embarquent un grand de chez moi.

Tristan, volontaire en service civique 

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