Hanae N. 06/10/2023

Études supérieures à l’étranger : une opportunité d’indépendance

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Hanae vit avec ses parents à Tanger. Elle ne souhaite qu’une chose : partir étudier seule à l’étranger pour profiter à 100 % de sa vie étudiante.

« Maman, est-ce que je peux aller chez ma meilleure amie ? Et elle m’a proposé de dormir chez elle après. 

— Dormir ?! T’as cru qu’on était français ? Sois heureuse que je te laisse sortir, ta grand-mère ne me laissait aller nulle part à part l’école ! »

Le week-end dernier, pour pouvoir passer l’après-midi avec des copines, j’ai eu à suivre un protocole très précis. Un protocole que j’ai toujours suivi pour éviter tout désastre : je devais m’assurer que mes parents connaissaient mon amie et savaient qu’elle avait « nos mêmes valeurs » ; puis, je devais être une fille exemplaire la semaine précédente : mes devoirs devaient être faits, ma chambre rangée ; quelques jours avant, il fallait que j’attende que mes parents soient de bonne humeur pour introduire l’idée.

C’est épuisant à force. Ça ne me donne même plus envie de sortir.

La seule explication que j’ai eue quand ma mère m’a dit non, c’est qu’elle n’avait pas le droit de le faire quand elle était jeune. Je trouve ça injuste, on ne vit pas dans la même époque, on ne fréquente pas les même personnes, on ne vit même pas là où elle a grandi. Nous sommes aujourd’hui à Tanger, au nord du Maroc, ville relativement ouverte d’esprit avec des habitants de plus en plus jeunes et d’origines différentes. Alors qu’elle a grandi dans la médina de Salé, ville près de la capitale, Rabat. J’ai grandi dans des conditions bien différentes des siennes.

Un décalage avec mes amis

Pour moi, la liberté, c’est pouvoir faire ce que je veux, autant que je veux, avec la confiance de mes parents, et surtout celle de ma mère. Ce n’est pas forcément sortir tout le temps, aller chez des mecs, boire jusqu’à pass out, fumer et rentrer à pas d’heure. Tout ça ne m’intéresse pas tant que ça et ce n’est pas des choses que je veux faire tout le temps.

La liberté, c’est pouvoir appeler ma mère après les cours et lui dire que je vais rester chez une amie sans me faire engueuler. C’est pouvoir parler et traîner avec des garçons sans qu’elle pense qu’ils cherchent à m’exploiter. C’est pouvoir aller à la plage avec mes amis, c’est pouvoir inviter qui bon me semble. Malgré ça, je comprends ma mère, je comprends qu’elle a peur pour moi et qu’elle ne veut que mon bien. Après tout, si j’avais grandi de la même façon qu’elle, je pense que je me comporterais comme ça avec mes filles. Mais est-ce que ça veut dire qu’elle doit me suffoquer ?

Voir tous mes amis et tous les gens du lycée aller aux soirées avec des gens de tout Tanger, dormir chez leur amis, voyager seuls, se faire des posages entre groupes d’amis, filles ET garçons. J’ai l’impression d’avoir été privée de ces expériences, d’une adolescence épanouissante. Pour relativiser, je me disais que c’était parce que les gens du lycée n’ont pas la même culture que nous, puisque la plupart d’entre eux ont une culture franco-marocaine. Sauf que, même mes amis 100 % marocains, qui ont des parents avec une éducation très similaire à celle des miens, sortent autant qu’ils le souhaitent.

Un avant-goût d’indépendance

Je pensais que je n’allais jamais pouvoir expérimenter la liberté, jusqu’aux dernières vacances. J’ai réussi à convaincre mes parents de me laisser visiter ma sœur, seule, à Casablanca. Elle est étudiante dans une école de médecine et elle vit seule dans un petit appartement au centre de la ville. J’ai donc pris le train seule pour la première fois !

Dès que je suis arrivée, j’ai été accueillie par ma sœur et deux amis à elle. Je connaissais déjà son amie, mais j’ai pu rencontrer un nouveau mec, qui conduisait. Ils m’ont demandé où je voulais aller. J’avais envie d’un McDo donc c’est ce qu’on a fait. On s’est posés pendant plusieurs heures, sans sentir le temps passer, à rire de tout et n’importe quoi, à parler de nos vies, mon lycée, leurs facs… Bien sûr, ma mère nous a appelés. On lui a parlé rapidement et on a raccroché le plus vite possible.

On est ensuite partis chez ma soeur, et d’autres amis à elle nous ont rejoints. Elle peut inviter des gens chez elle sans réfléchir deux fois ! Je trouve ça juste génial. Le lendemain, une amie à elle nous a proposé d’aller dans une boîte qui sert aussi à dîner. On a tout de suite accepté, on a réservé et on a commencé à se préparer. J’ai passé l’une des meilleures soirées de ma vie ! J’ai rencontré plein de gens trop cools et super drôles, j’ai essayé un verre d’alcool pour la première fois (il était d’ailleurs dégueulasse, je ne recommande vraiment pas le vodka Red Bull), et j’ai dansé comme jamais avec ma sœur.

Étudier loin de ma famille

Quand elle nous visitait, ma sœur me racontait toujours ce qu’elle faisait et ça me donnait déjà super envie et hâte d’être étudiante loin de la maison. Mais vivre l’expérience soi- même, c’est toute autre chose. Après avoir goûté à la liberté de vivre seule, sans parents pour me surveiller de près, je ne pense plus qu’à ça !

Je veux étudier l’architecture et mon premier choix est d’aller aux États-Unis. Non seulement c’est loin, mais la vie et la langue là-bas m’intéressent vraiment. Depuis toute petite, j’adore l’anglais et les États-Unis. En plus, j’ai des amies tout près de l’université à laquelle je veux m’inscrire. Sauf qu’aller aussi loin, c’est cher. Mon deuxième choix est donc d’aller en Belgique. C’est loin, mais pas autant, et ma mère a de la famille là-bas. C’est un choix un peu moins attirant, parce que ça ne serait pas très fun de sortir de soirée et de voir sa famille, mais il reste génial. Les études y sont vraiment biens et ça reste un pays que j’aime beaucoup. Ces deux pays m’offrent ce que je n’ai pas pu avoir au Maroc, près de ma famille : de la liberté et de l’expérience.

J’ai besoin de vivre seule, d’expérimenter et d’avoir toutes sortes d’anecdotes, bonnes ou mauvaises. C’est un rêve depuis si longtemps que je me dois d’y goûter pleinement, même pendant mes années d’études. Pour décider où je veux vivre après mes études, je dois goûter aux deux, même si je pense fortement que je reviendrais au Maroc. Mon pays reste le meilleur ! Il offre plein d’opportunités d’emploi et je ne me verrais pas éduquer mes enfants ailleurs qu’au Maroc. Je dois juste échapper à mes parents pendant quelques années pour revenir plus forte que jamais !

Hanae, 16 ans, lycéenne, Tanger

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