Bruno S. 22/11/2021

Harcelé, je suis devenu une bombe à retardement

tags :

Au collège, chaque jour, j’encaissais les coups. Ça m’a rendu plus fort, mais aussi plus violent.

Mon calvaire a commencé à mon arrivée au collège Watteau, à Nogent-sur-Marne.

Je ne connaissais personne suite à un déménagement. La plupart des gens de ma classe se connaissaient déjà, ce qui a compliqué mon intégration parmi eux. Petit à petit sont vite venus les problèmes. Des critiques de gamins à toutes les insultes imaginables. « Fils de pute », « va mourir », etc.

Au fil des mois, les élèves les plus turbulents devenaient violents. C’était comme un jeu pour eux. Je me faisais tabasser tous les jours par plus nombreux que moi. Ils étaient toujours entre cinq et dix. Ça devait sûrement les amuser. Ils tapaient mais si je pleurais, ils avaient encore plus envie de me frapper. 

Personne ne me venait en aide par peur de prendre des coups pendant les récrés et dans les couloirs. Des fois, ça pouvait même continuer en cours. J’ai aussi été harcelé en dehors du collège, dans la rue, toujours par les mêmes.

J’étais menacé et frappé chaque jour. À force, je me suis renfermé. Je ne voulais plus aller en cours alors parfois je séchais pour esquiver tout ça. J’ai même pensé à en finir tellement j’en avais marre. Je n’en ai jamais parlé à personne, car je ne trouvais personne à qui faire confiance.

De la boxe ou du ping-pong pour me canaliser

C’est vrai que j’aurais pu me défendre, mais par peur de faire du mal à quelqu’un, j’me laissais faire. Je sentais beaucoup de violence à l’intérieur de moi mais je ne voulais pas blesser quelqu’un, quoi qu’il fasse. Je ne voulais pas avoir de problèmes, de rapport, ou être viré.

Mais à force d’encaisser, j’ai gardé en moi la violence. Et j’ai vite remarqué qu’à force de prendre des coups, je les ressentais beaucoup moins. Ça me rendait plus fort, mais aussi plus violent. 

En fin de troisième, pour ne pas exploser ou me défouler sur quelqu’un, j’ai commencé à frapper dans les murs (ça m’arrive encore). Mais avec le temps, j’ai trouvé des passe-temps. Je fais beaucoup de sport, comme de la boxe et du ping-pong. Ça me canalise et ça me vide la tête. Je peux relâcher tout le poids que je sens sur mes épaules.

Je suis devenu quelqu’un de nerveux, qui peut péter un câble. En gros, si quelqu’un me cherche, j’deviens une bombe qui peut exploser à tout moment. 

Harcelé dans le passé mais plus dans le présent

Aujourd’hui, je suis au lycée. Tout ça, c’est fini pour moi. J’ai d’abord commencé à parler à tout le monde puis j’ai eu le pressentiment que ça allait recommencer. Alors je me suis rapproché de la seule fille de ma classe, la seule en qui j’ai eu confiance. Je lui ai raconté mon histoire. On reste en retrait, comme ça, je n’ai plus de problèmes. Et ceux qui viennent m’embêter se méfient car j’ai maintenant quelque chose de menaçant dans le regard.

J’me rends compte que tout ça m’a rendu plus fort, mais aussi violent et agressif. Aujourd’hui j’ai peur de perdre le contrôle car je sais faire mal et où frapper et je risque de blesser des gens. Dans tous les cas, je ne laisserai plus jamais personne me marcher dessus, quelles que soient les conséquences.

 

Bruno, 17 ans, lycéen, Nogent-sur-Marne

Partager

Commenter