Jessica 19/11/2021

Un week-end sur deux, je me faisais frapper

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Fille de parents divorcés, Jessica s'est faite battre par son père pendant plusieurs années. Aujourd’hui, elle ne le voit plus, mais la douleur est encore là. Et pour longtemps.

La violence c’est se faire frapper dessus régulièrement. Mes parents se sont séparés quand j’avais 10 ans. J’allais chez mon père un week-end sur deux avec mon petit frère.

Il y a 14 ans que mon petit frère est né. J’avais 3 ans. Entre lui et mon père tout se passait super bien. Ils rigolaient et jouaient beaucoup ensemble, alors que moi, c’était le contraire. Je restais dans mon coin et dès que je parlais à mon père, il me frappait. Un jour je lui ai demandé : « Pourquoi tu me frappes tout le temps ? » Il m’a répondu : « Parce que je ne voulais pas de fille, tu étais un accident ! » Il ne s’arrêtait pas, il me frappait tout le temps. Ça a commencé avec des claques puis les poings et des coups de ceinture. Un jour j’ai décidé d’arrêter d’aller chez mon père parce qu’à chaque fois que j’y allais, c’était la même histoire. J’avais la boule au ventre, peur qu’il me frappe encore et encore.

Quand j’ai dit cela à ma mère elle m’a demandé pourquoi et c’est là que je lui ai tout dit. Elle m’a demandé pourquoi je ne lui avais pas dit plus tôt. Je lui ai dit que j’avais peur de sa réaction, peur qu’elle ne me croie pas, peur qu’elle me juge. Je lui ai montré les marques que j’avais. Des bleus partout. Elle m’a emmenée chez le docteur pour voir si ce n’était pas trop grave. J’ai dû aller voir un psy pour parler de la haine que j’avais et pouvoir tout sortir.

Les conséquences sur ma santé mentale

À cause de ça, j’ai été diagnostiquée dépressive à l’âge de 12 ans. Aujourd’hui je vais avoir 18 ans et j’arrive toujours pas à relever la tête, j’arrive pas à m’en sortir, c’est toujours au même point. Malheureusement je me fais du mal physiquement et mentalement. Je me mutile régulièrement, j’ai fait plusieurs tentatives de suicide. En fait, je veux juste un truc : c’est partir et pouvoir tout oublier.

Mais ça j’en parle pas, par peur d’être jugée. Je suis toujours souriante, j’essaye de rigoler. Je ne montre pas que je suis mal, que j’arrive plus à avancer. Mais aujourd’hui, je n’arrive plus à faire semblant et à cause de toutes ces histoires, ma famille est détruite et moi avec. Maintenant, ma relation avec les garçons est compliquée parce que je n’arrive pas à leur faire confiance car j’en ai peur. Peur de l’abandon et peur de revivre la même chose.

Jessica, 17 ans, lycéenne, Limoges

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