Fatima C. 25/10/2022

Mon voisin est raciste et la police ne fait rien

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Connu pour ses actes et propos racistes, le voisin de Fatima n’a jamais été inquiété. Même lorsqu’il l’a gravement blessée.

L’été dernier, mon frère a acheté un scooter. Un jour, il l’a sorti devant la maison pour le tester et j’ai insisté pour faire un tour de résidence. Mon plus grand regret est d’avoir insisté, car ça s’est transformé en règlement de compte raciste.

J’étais au guidon et mon frère derrière. Comme ce n’était qu’un petit tour, on n’avait pas mis de casque alors qu’on en avait. J’étais en pyjama, même pas en baskets. Arrivés à l’entrée de la résidence, il y avait une voiture qui faisait marche arrière. J’ai commencé à reculer et on a fait signe au conducteur d’attendre un peu, parce que reculer en moto c’est compliqué. Le conducteur nous a vus et a accéléré. On ne comprenait pas. J’ai essayé de reculer le plus vite possible et mon frère a commencé à descendre quelques secondes avant que la voiture ne nous touche. Mon frère a tapé sur la vitre arrière. J’ai vu la personne côté passager indiquer au conducteur qu’il y avait quelqu’un derrière à plusieurs reprises, mais rien à faire.

Je n’ai jamais eu aussi peur

Il nous a cartonnés à très grande vitesse. L’impact a été violent et très bruyant, et la moto est tombée sur ma jambe. Je n’arrivais pas à me relever. Le conducteur continuait de reculer et j’ai failli passer sous les roues. Je n’ai jamais eu aussi peur. Par chance, mon frère m’a relevée rapidement avec la moto avant que la voiture ne m’écrase et il m’a mise sur le côté. Mon frère qui connaissait très bien ce conducteur est parti du côté de la vitre. Le monsieur en question ne voulait pas descendre.

Mon frère a cassé la vitre et l’a fait descendre. De là, une bagarre a commencé et mon frère ne voulait plus s’arrêter. Il en avait marre que des racistes comme lui puissent agir en toute liberté et que rien ne soit fait. Il y a eu un attroupement et les gens les ont séparés. Mon frère criait : « T’es sérieux tu me cartonnes avec ma petite sœur ! » ; « C’est pas fini ! », et d’autres trucs du genre.

Ayant beaucoup de problèmes de santé, il n’a fait qu’empirer mon cas. J’ai des problèmes aux jambes et, à cause de lui, je n’arrivais même pas à tenir debout. Chaque pas que je faisais me faisait énormément mal.

Il n’a aucune limite

Ce raciste, d’origine maghrébine, tout le monde le connaît. Il a eu divers problèmes avec des gens de ma résidence pour ses actes et ses propos. Il n’hésite pas à transmettre ça à ses enfants. Par exemple, il va leur dire : « Ne reste pas avec ces Noirs » ; « Si je te revois avec un Noir, je te nique. » Il veut semer la terreur auprès de ses enfants pour qu’ils lui obéissent. Même devant les parents, il ne se prive pas d’agresser, de pousser et de frapper des enfants en raison de leur couleur. Il n’a aucune limite. Il y a eu plusieurs bagarres avec des parents et plusieurs plaintes ont été déposées contre lui.

Ce raciste rempli de culot a appelé la police quand mon frère a cassé sa vitre. Il a dit que mon frère avait pris une arme blanche, qu’il l’avait agressé sans raison apparente, et qu’il était toujours nerveux et sur la défensive. Les policiers n’ont même pas cherché à avoir notre version. Ils sont directement venus chez moi pour récupérer mon frère. Mes sœurs ont expliqué aux policiers sur place. Mais elles m’ont dit : « C’était pareil que de parler à un mur. » Mon frère a déjà eu des problèmes avec la police, alors ils voulaient le faire passer pour quelqu’un d’agressif et méchant.

Ma mère tremblait

Les policiers étaient agressifs avec ma mère, qui ne parle pas très bien français. Ils la harcelaient de questions et c’est mes sœurs qui répondaient. Elles m’ont raconté qu’à un moment, ma plus grande sœur s’est énervée sur le policier. Elle l’a remis en place pour qu’il baisse d’un ton sachant que ma mère parlait très calmement. Il lui mettait la pression et ne lui laissait même pas le temps de répondre.

Ma mère était en pleine crise, elle avait du mal à respirer et elle tremblait. Elle avait peur pour ses enfants. Ma mère est traumatisée des policiers. Quand on sort et qu’elle voit un grand nombre de policiers attroupés à un endroit, elle a du mal à respirer. Elle se sent mal et elle a du mal à marcher. C’est ce qui m’a  poussée à vouloir demander mes droits, mais j’ai vu à quel point ma mère avait peur et j’ai préféré ne plus jamais en parler.

C’était peine perdue

Les policiers ont dit qu’ils me contacteraient pour avoir ma version des faits, mais n’ont donné aucune nouvelle. Ils l’ont dit à l’oral à ma famille, mais nous n’avons jamais eu de papiers officiels pour me convoquer.

Ma mère a préféré ne rien faire parce qu’elle savait qu’on allait perdre de l’argent et de l’énergie pour rien. Pour elle, c’était peine perdue. Pour moi, c’était pareil. Je n’avais pas de temps à perdre pour que justice soit faite. J’avais quand même un petit espoir mais, quand ça nous arrive à nous, on se rend compte que l’on n’est pas du tout entendus.

On a réclamé des dommages et intérêts auprès du conducteur. On voulait qu’il paie, qu’on ait une preuve concrète. On voulait avoir une protection, sachant que l’on a subi des dommages corporels et matériels. Le scooter neuf a été très abîmé. Tous les frais médicaux ont été payés par mes parents, plus particulièrement ma mère. Les radios de mes deux jambes ont coûté environ 100 euros chacune, plus les attelles, les médicaments pour soigner la douleur et le fait que cet accident ait entraîné de nombreux rendez-vous qu’on a aussi dû financer. Le conducteur ne nous a rien versé, mais lui a demandé que l’on répare sa vitre, alors que c’était clairement moins important.

Je me rends vraiment compte que nous ne sommes pas protégés. La police est insensible à ce genre de comportement. Pour moi, c’est qu’ils adhèrent à ces agissements. Je trouve ça inadmissible, que ce que moi et mon frère avons subi reste impuni. Je n’ai plus du tout foi en la police. Je croise toujours mon voisin, et je pense que si un jour il fait quelque chose qui ne me plaît pas, je ne me retiendrai pas.

Fatima, 17 ans, lycéenne, Chanteloup-les-Vignes

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