Fati G. 11/01/2021

Xénophobie : rejetée à l’école parce que je suis étrangère

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Parce qu'elle est étrangère et ne sait pas bien parler français, Fati a subi du harcèlement. Jusqu'à la dégoûter de participer en cours.

L’année dernière, je ne voulais plus aller à l’école. Les élèves disaient au prof : « Elle ne sait pas parler, pourquoi vous la laissez parler ? » Ils me disaient : « Tu peux te taire ? » Je viens du Sénégal, et j’étais la seule étrangère dans la classe. J’avais du mal et il y a des jours où je n’allais pas à l’école, je restais chez moi. Depuis que je suis arrivée en France en 2017, je subis du harcèlement dans ma scolarité. En classe de quatrième et troisième, j’étais toute seule au collège. J’ai eu du mal à m’intégrer dans la classe : je ne parlais et je ne jouais avec personne.

Mais l’année dernière, il y avait un groupe d’élèves qui parlait de moi. C’était des filles, elles ne m’aimaient pas. Il y avait une des déléguées qui faisait partie de ce groupe, et il y en avait qui la suivait à cause de ça ou parce qu’elles étaient amies avec elle. Elles disaient que je devais changer de classe, que je m’habillais mal, et aussi que je ne savais pas parler français, que je venais d’arriver en France. Elles m’ont dit « Tu ne dois pas parler avec nous parce que tu parles pas en français ». Je l’ai mal pris parce que je fais tout le temps des efforts pour parler, alors ça m’a bloqué.

Malgré leurs encouragements, j’étais découragée

Je ne faisais plus d’efforts à cause des remarques qu’on me faisait. J’avais du mal à parler aux autres élèves parce qu’ils allaient comprendre que je ne savais pas bien parler. Alors qu’au début j’en faisais beaucoup pour m’intégrer à la classe. Si je ne sais pas parler français, ça sert à quoi de parler avec eux ? Mais personne ne m’a aidée, sauf les profs qui me disaient : « Vas-y, tu peux le faire ! ». Malgré leurs encouragements, j’étais découragée. Ça a eu des impacts sur mes notes, ça baissait, et j’avais aussi du mal à participer en cours. À tous les cours de sport, on se disputait. Elles m’insultaient de pute, elles me disaient « Ta gueule. »

Parfois les professeurs réagissaient et leur mettaient une heure de retenue. Mais elles continuaient quand même… Toute l’année c’était comme ça. On s’est parlé avec les professeurs et le CPE. On a fait une réunion avec que moi et mon professeur principal. Dans cette réunion, j’ai raconté tout ce que les gens me faisaient. Les profs m’ont conseillé de rester dans mon coin et de ne pas parler à ces élèves. C’est ce que j’ai fait. J’aurais aimé que les profs réagissent plus comme appeler leurs parents, et dire ce que leurs enfants me faisaient subir. Mais j’ai rien dit. Ma famille d’accueil ne l’a jamais su. Je leur disais juste que je progressais et ça allait bien, mais ce n’était pas vrai.

Dans cette classe, il n’y a pas de favoritisme

Cette année, j’ai aussi subi du harcèlement en classe de seconde. C’était pareil qu’avant, mais cette fois c’était des garçons. Ils me disaient que je ne savais pas parler français et se moquaient de mon accent. Donc ils ne me parlaient plus. Du coup je ne voulais plus parler en français, ni participer. Les professeurs ne savaient pas ce qu’on me faisait hors de la classe. Même en classe ils ne disaient rien, ils ne voyaient rien. Mais je n’ai rien dit. Comme je n’avais pas ma place dans cette classe, j’ai changé.

Dans cette classe, cette année, on a le même niveau, et il n’y a pas de favoritisme. Il y a d’autres étrangers donc on s’entraide pour le français. Maintenant, cette année, j’ose plus participer et parler français. Je sens que je progresse, mes camarades de classe m’aident, ma moyenne a augmentée. Mais il me manque quand même du vocabulaire. J’aimerais en avoir plus et progresser encore. J’ai envie d’aller jusqu’au bout et de savoir parler bien français. Un jour, j’y arriverai j’espère.

 

Fati, 15 ans, lycéenne, Bobigny

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