Micha M. 04/04/2022

En lycée privé, la violence de classe m’a mis une claque

tags :

En intégrant un lycée privé, Micha a découvert l’argent, le pouvoir, le confort. Mais aussi la solitude des enfants riches, les inégalités et le communautarisme.

J’ai commencé le lycée dans le public avec des gens de mon quartier. On avait tous la même vie, les mêmes galères, pas de vacances, pas de thunes. C’est quand j’ai fait ma rentrée scolaire en lycée privé, à 19 ans, que j’ai vraiment pris une claque.

La différence entre ma vie et celles des autres dont les parents gagnent bien était frappante. J’ai payé de ma poche mes années de lycée alors que, mes camarades, c’était leurs parents qui finançaient. Je travaillais tous les jours à McDo après les cours, même le week-end. Au lycée, personne ne savait que je bossais. Ils n’ont su que quand mes notes ont baissé, parce que j’étais trop fatigué pour réviser. Je travaillais aussi pour aider mes parents à payer le loyer, les courses et pour passer le permis… Mes camarades, eux, avaient tout dans les mains, alors qu’ils n’avaient que 16 ans.

Devant le lycée privé, être déposé en Lamborghini

J’ai mal vécu mes années en lycée privé à cause de la différence d’opportunités. Ils avaient plus de possibilités de réussite, vu qu’ils étaient focalisés sur les études. S’il y avait un voyage scolaire, ils savaient très bien qu’ils pouvaient y aller, sans même réfléchir au montant. Ils pouvaient avoir les voitures de leur choix, sans se soucier du prix, et sortir le week-end sans aucune limite pour gaspiller.

Un jour, je sortais du bus pour le lycée. Une heure de transport dans le meilleur des cas ! J’arrivais devant le lycée, déjà ça parlait des prochaines vacances dans la maison à papa à Hossegor. Ils ont tous des maisons là-bas, la ville de riches à la mer – pour moi en tout cas. Et là, j’ai vu arriver une Lamborghini grise ! C’était quand même quelque chose. Un mec de ma classe en est sorti, son père l’avait conduit au lycée dans cette bagnole ! Pour moi, c’était une voiture de footballeur. Ah tiens, justement : son père est footballeur. Pour moi, une Lambo c’est pour bombarder, pas pour rouler à 30 en allant au lycée et se la montrer. Pour eux, c’était la norme : devant le lycée, tu ne vois pas des Clio comme au quartier.

Ils n’avaient pas la valeur de l’argent, alors que moi, je transpirais pour toucher un Smic.

Une piscine et des télés partout

Une autre fois, j’étais chez un collègue. Déjà, il y avait une piscine dans son jardin. Nous, on avait la piscine municipale et elle était dégueulasse, sale, vieille, avec la pisse des autres. Ensuite, il avait des télés dans TOUTES les pièces, sauf les toilettes ! La plus choquante, c’était celle de la cuisine. Moi, je ne manquais pas de télé ni rien, mais chez eux c’était absurde, de la débilité pour se la péter.

Une autre fois, j’ai amené un des jeunes du lycée au quartier parce qu’il voulait vendre. Ça les fascinait tous. Au final, il a travaillé quatre jours. Gratos. Il s’est fait avoir par tout le monde sur le quartier, il a perdu 600 balles. Il a compris la leçon. Il n’a pas réessayé, a repris sa petite vie, passé son bac et profité des sous de ses parents.

Mais, le pire, c’est le pouvoir qu’ils avaient, et ont toujours. Comme celui de mettre la pression au directeur du lycée pour me faire virer parce ce que je dénonçais le racisme des profs et des élèves. C’est cette expérience qui m’a mis en dépression. Je buvais quand j’étais au lycée, entre les pauses de midi pour oublier mon échec scolaire et la déception de mes parents de ne pas me voir réussir dans les études.

Derrière le vernis, la tristesse

Quitter ce milieu scolaire m’a fait du bien car j’ai pu vraiment me concentrer sur ma vie : passer mon permis, travailler à temps plein et venir en aide à ma famille. Ça m’a fait passer vite à autre chose. Et ce qui est intéressant, c’est que même si tout ça, ça brille, c’est beau et ça fait de belles apparences, même s’ils ont de la thune et du pouvoir, derrière tout ça, ils étaient tristes. Presque tous les parents étaient divorcés, leurs enfants ne les voyaient jamais.

Je n’en aurais pas voulu de cette vie. Jamais jamais jamais. Au collège peut-être, mais au lycée j’avais capté. Il n’y a pas moyen. J’ai besoin du lien avec mes parents, ma famille, qu’ils ne manquent de rien. Moi, j’ai peut-être galéré mais, aujourd’hui, je sais où j’en suis, j’ai la famille, le bled. Eux, ils n’ont que du matériel, et pas le bonheur.

Le communautarisme, c’est dans le lycée privé

Malgré tout ça, je sais que, mon neveu encore en primaire, je veux qu’il aille dans le même collège et le même lycée. Parce que, en vrai, sur un CV, ce qui compte c’est que ce soit un établissement privé, que le nom du lycée soit écrit, avec tout ce qui se cache derrière, en termes de classe sociale élevée, d’argent, de parents d’élèves influents qui fonctionnent en réseaux.

Otto, lui, a pris conscience de son statut privilégié quand il a réalisé que ses ami·e·s d’enfance ne pouvaient pas s’offrir les mêmes choses que lui.

Capture d'écran d'une photo d'un jeune homme blond de dos avec un sweat beige, au milieu du Time Square, place très connue à New York. Il est entouré d'immeubles illuminés.

J’ai vu de l’intérieur l’établissement privé, comment ça fonctionne et la violence de différence de classes sociales. Mais, ce qui compte vraiment, c’est qu’il est classé dans le top des meilleurs lycées de la région, c’est la réussite avec de meilleures opportunités.

Mon expérience m’a prouvé que ce que je vois et entends à la télévision dans les chaînes infos sur le communautarisme lié à l’islam, c’est faux. C’est chez eux, ceux qui ont l’argent et le pouvoir, que j’ai vécu du communautarisme. Pas religieux, mais social et économique.

Micha, 22 ans, en formation, Bordeaux

Crédit photo Pexels // CC George Pak

Partager

15 réactions

  1. Moi ce qui me choque c’est d’insister d’aller dans ce type de lycée privé richissisme quand on a pas les moyens. La différence de classe devient évidente et dans l’inverse serait tout aussi pareil.
    Après il y a des lycées privés qui sont plus pour la classe moyenne et très bien côté. Il y a également des lycées publiques très très bien côté.
    L’étiquette ne fait pas tout une amie à été en lycée publique (majorelke) à Toul petite ville de province cela ne la pas empêché d’intégrer une grande école de commerce après être passée par le système fac. Elle a toujours bossait pendant t ses études. Maman est nounou et son père a un salaire moyen.

  2. Le communautarisme est une conception qui soutient que « l’individu n’existe pas indépendamment de ses appartenances, qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses ou sociales »[réf. souhaitée]. Cette conception implique donc que les individus appartiennent invariablement à des communautés distinctes endogènes et homogènes. Une telle conception présuppose ainsi qu’il y ait globalement peu d’échanges et des incompréhensions fondamentales entre chaque communauté, ce qui les empêcherait de se fondre dans une seule. Cette idée s’oppose ainsi à l’universalisme, qui considère négligeables de telles différences devant l’unicité du genre humain.

  3. C’est très caricatural. Il y a des établissement privés en totalité où la très grande majorité de gens ne peuvent avoir accès. D’autres sous contrat avec l’état qui sont corrects et où toutes les différents niveaux sociaux ont accès. Et des établissements publics de différentes qualités. Tout dépend du directeur de l’établissement. Tout dépend de l’ouverture d’esprit du directeur et de l’ensemble des enseignants.
    La politique du ministère de l’éducation nationale est bien trop lourde pour être agile et active.

  4. Ne pas mettre tous les lycées privés dans le même panier. Je travaille dans un lycée privé, il y a des jeunes issus de tous les milieux, du très défavorisé à un milieu plus aisé. Personne n’est laissé de côté, pas de voyages sélectifs ou autre

  5. J’étais un cancre au collège. Puis au lycée, dès la seconde, j’ai continué à être avec ceux qui glandaient, assis avec eux au fond de la classe. Mes parents m’ont inscrit dans l’école privée la plus réputée du département pour septembre où je redoublais là-bas ma seconde. Le fossé avec ma précédente vie scolaire ! Rupin (vraiment les gosses de riches), discipline (le voyage dans le temps !), ultra-catho-conservateur (ça se sentait dans le cours d’histoire, 1789-1917-1968-etc. vus sous un autre angle). Très mauvais souvenirs, pas d’amis, pas de nanas (elles me surnommaient le bouseux), les profs me regardaient de travers. MAIS : je suis sorti avec le bac mention très bien, puis j’ai fait Sciences-Po : j’avais 2 avantages sur ceux (les rares) de l’école publique : la méthode (prise de notes condensée, lecture en diagonale) + le rythme (gérer énormément de connaissances). Je ne regrette rien avec du recul.

  6. Toujours le même topo.. Tellement binaire.. La vertu des « pauvres » .. Eux seuls savent le vrai prix de l’argent, eux seuls ont le sens des valeurs, eux seuls connaissent les bons sentiments…
    Bref ! Le camp du « bien » contre celui du « mal », celui des fils-lles de « riches »..
    Arrêtez cette vision du monde tellement partiale.. J’ai un peu bourlingué et j’ai vu des ordures et des gens intègres dans toutes classes sociales.
    On peut, certes, déplorer de n’être pas né du bon côté… Malheureusement cela s’appelle l’inégalité de la vie.. Intégrer ce paramètre dans son logiciel de pensée c’est déjà faire un grand pas, mais l’intégrer n’est pas pour autant se résigner.. Donc oui, les starting-blocks du départ de la course ne sont pas les mêmes pour tous.. mais la course de la vie est pleine de surprises.. et de paramètres sur lesquels on peut influer.. Alors faites au mieux.. dans le respect des autres.. Avancez à votre rythme et ne cédez jamais à la jalousie des autres.
    La ligne d’arrivée est la même pour tou le monde !

  7. Finalement le lycée, ce n’est pas uniquement ce qu’on y apprend, c’est surtout ce qu’on y vit…. Belle analyse de votre expérience…vous irez loin !!!!

  8. Oui, visiblement, ce jeune a beaucoup souffert.
    Mais ce qu’il ressent et décrit est un peu caricatural.
    Car je pense à nièce et mon neveu issus d’un milieu favorisé, il ne se pose pas c’est question.ils étaient notamment à notre Dame des Oiseaux et habite le 16ème

    Puis, je compare avec mon autre nièce issue de français moyens, elle a toujours adoré son lycée privé et ses copines aises et à même adopter leurs comportements (tenue vestimentaire, faux sourcils…).

    Ce qui me fait dire que ce garçon avait une fragilité et une grande sensibilité dès le départ et le divorce, ce n’est pas que dans les familles aisées.
    Et c’est mieux que des parents qui se tapent dessus et que les enfants assistent à ces drames familiaux.

  9. Le privé, faut y entrer dès la maternelle, sinon on ne comprend pas la mentalité. Issue des quartiers, je ne suis absolument pas d’accord pour rester dans ce cercle de l’échec juste pour être dans la « bonne ambiance ». Ce portrait des riches est très biaisés. Mes 3 enfants sont dans le privé depuis tout petits, et même si leurs parents (et nous depuis qu’on a changé de classe sociale) sont aisés, ce sont des familles très impliquées dans l’instruction de leurs enfants. Ils ont des problèmes comme tout le monde, et c’est faux de dire que c’est mieux chez nous parce qu’on a le sens de la famille. Je ne souhaite retourner dans ce statut social pour rien au monde parce que bosser chez mc Do le soir après l’école, je ne vois pas en quoi c’est quelque chose qu’on peut espérer pour ses propres enfants. J’ai galéré dans les études, et non je ne souhaite pas que mes enfants revivent la même chose

  10. Il y a beaucoup d’enfants issus de riches familles étrangères dans ces établissements privés (parents avocats, chefs d’E ou hauts cadres, financiers, conseils juridiques et fiscaux internationaux, diplomates, stars du PAF etc )
    Leur comportement est il plus simple ? Non !
    Cette élite est internationale

  11. On ne mélange pas les torchons et les serviettes.
    Vieil adage mais tellement vrai.

  12. Ce n’est pas parce qu’il y a un communautarisme au sein des lycées privés cathos qu’il n’y en a pas dans la sphère musulmane. L’un n’empêche pas l’autre. C’est même pas comparable enfait.

  13. Je comprends ce qu’il veut dire on met en lumière le communautarisme religieux mais on ne parle jamais du communautarisme social et il a totalement raison. Pour certaines personnes qui ont un statut social élevé ils ne se mélangent pas aux personnes qui viennent de banlieues et n’intègrent pas les personnes qui viennent de banlieues. J’ai mis mes filles dans le privé dans le 10eme et elles en ont beaucoup soufferts. Tout dépend de l’éducation des élèves qui se trouvent dans le lycée en question, mais j’en ai tiré des leçons en tant que maman.

  14. Oui je suis d’accord mais on parle pas assez de celui-là

  15. Mais comment est-il arrivé dans un lycée privé ?
    Je peux être d’accord sur ce communautarisme, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de communautarisme ailleurs….

Voir tous les commentaires

Commenter