Jugurtha A. 21/05/2026

Orientation déboussolée

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En terminale, quand la possibilité d'entrer en classe préparatoire se présente à Jugurtha, il se retrouve pris entre les attentes de prestige de la part de ses professeurs et son manque d'enthousiasme pour les études.

Dix-sept décembre, 18h02, salle 270. La sonnerie retentit, tous les élèves se précipitent vers la sortie. Je prends mon temps, comme à mon habitude. Je ferme ma trousse, ouvre mon sac, glisse mes affaires dedans et le referme. Je suis prêt à partir.

En me dirigeant vers la sortie, j’entends mon prénom. Je me retourne.

Ma professeure d’économie me fait signe de rester. Je patiente, le temps que tous les autres élèves soient bien sortis. Elle ferme la porte et me demande ce que je souhaite faire l’an prochain. Je n’ai pas d’idée précise, donc je réponds que j’y réfléchis.

Dès la première en STMG, on nous parle des quatre grandes possibilités de post-bac, classées de la moins prestigieuse à la plus prestigieuse : BTS, BUT, fac et prépa. Ma prof me propose le rêve de n’importe quel lycéen : la classe préparatoire aux grandes écoles.

À ce moment-là, je me dis que l’idée est gravée dans sa mémoire, qu’elle n’y renoncera jamais.

Elle enchaîne en me parlant de la visite de l’École Nationale de Commerce Bessières, qui a lieu dans deux jours. J’accepte de m’y rendre, pour rater une après-midi de cours. Elle me dit au revoir, et me demande de bien réfléchir à ce sujet. Je la salue en retour et je rentre chez moi. Sur le chemin, je revois la scène dans ma tête une fois, dix fois, cent fois.

Je l’annonce à mes parents, et notre avis est unanime : j’ai les capacités, mais pas le profil. Surtout, je n’ai pas envie de suivre ce parcours. Pour moi, c’est tout, sauf la prépa.

Dégoûté des études, conscient de leur nécessité

La visite de L’ENC Bessières arrive et je passe la pire après-midi de ma vie, retrouvant l’ambiance du lycée que je déteste tant : l’odeur des feutres, le brouhaha ambiant et cette atmosphère pesante de la pression des examens. Ce n’est qu’une caricature de tout ce qui me fait détester l’école depuis tout petit.

Les jours suivants, ma prof revient me demander ce que j’en ai pensé. J’explique que je ne suis pas le profil recherché pour ce type d’études et que cela ne m’intéresse pas. Elle me répond que je ne devrais pas gâcher mon potentiel.

Je ne sais plus quoi penser : suis-je le problème ? Devrais-je accepter cette chance ? Ou devrais-je aller contre les attentes de ma prof et affirmer plus clairement mon refus ?

Je rentre chez moi, à la fois troublé et flatté. Moi qui voulais justement faire profil bas, c’est raté.
Depuis ce jour, à chaque évocation de ce qui est relié à l’orientation, je sors quand je le peux. Je ne souhaite pas aller en prépa, mais je n’ai pas de contre-proposition. Je suis coincé entre mon dégoût des études et leur nécessité dans la société actuelle.

Les mois passent. Janvier, février, mars… Les phases de Parcoursup s’enchaînent et je finis par faire des vœux, plus ou moins sérieusement. Puis juin arrive : je suis accepté dans toutes les prépas de Paris, dans des BTS et en licence à la Sorbonne. Par dépit, je sélectionne la Sorbonne en informant seulement ma famille.

Je ne veux pas suivre un chemin qui n’est pas le mien

Au lycée, je dis ne pas avoir fait mon choix, pensant avoir la paix. Le résultat est sans appel : l’écrasante majorité des professeurs insiste afin que je choisisse la prépa. Juste avant la période de révision pour le bac, je ne viens pas au lycée. Je décide d’annuler mon inscription à la Sorbonne.

Depuis la troisième, on me demande ce que je veux faire. J’ai toujours esquivé la question. À force, j’ai fini par oublier moi-même l’étendue des possibilités qui s’offraient à moi, aveuglé par les dires des uns et des autres.

Ma rentrée ne sera nulle part. Pas de prépa, pas de fac. Rien. On m’a proposé la plus haute marche du podium et, au final, je ne suis même pas monté dessus.

Aujourd’hui, mon chemin reste à tracer. Je n’ai pas de regret et je suis même heureux que les choses se soient passées ainsi. Je préfère me tromper, plutôt que suivre un chemin qui n’est pas le mien.

Jugurtha, 17 ans, en formation, Paris

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