Ranya B. 04/05/2021

Famille d’accueil : ma mère est aussi la leur

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Depuis que sa mère est assistante familiale, ils sont huit à la maison. Grandir dans une famille d'accueil a enrichi l'éducation de Ranya.

Nous sommes passés de six à huit personnes à la maison. En 2014, notre vie familiale a complètement changé car ma mère est devenue assistante familiale. Elle a obtenu l’agrément pour accueillir chez nous des enfants placés, qui peuvent avoir entre 0 et 21 ans. En échange d’une rémunération, la famille d’accueil doit s’occuper de ces enfants en difficulté : les nourrir, les éduquer et les emmener rendre visite à leurs parents au moins une fois par mois. L’assistant familial doit être tolérant, ouvert d’esprit, avoir de l’empathie pour accueillir ces nouveaux membres dans sa propre famille. Sans aucun doute des qualités que ma mère possède.

Nous, mon frère, ma sœur et mes parents, on vivait dans une maison à Magnanville. Il y avait de la place pour accueillir d’autres enfants et notre maison remplissait les critères de sécurité. Il y a six ans donc, ma mère a accueilli une première petite fille de huit mois qui avait beaucoup de carences éducatives et affectives. Elle était très mignonne, avec des cheveux châtains et une petite frange. Deux ans plus tard, une deuxième petite fille brune, métisse et toute mignonne aussi, a rejoint notre foyer familial.

Mon quotidien allait être bouleversé

Le jour où elles sont arrivées chez nous, j’étais très excitée et protectrice car ce n’étaient encore que des bébés. Puis, je me suis rendu compte que mon quotidien allait être bouleversé… Ma mère n’avait plus beaucoup de temps pour nous, elle était souvent occupée à remplir des papiers ou des documents pour les filles. On ne pouvait pas la déranger, ni lui demander de jouer avec nous. Je me sentais un peu délaissée, sans doute parce que je n’avais que 9 ans et que je ne comprenais pas tous les enjeux de sa décision. Ma sœur et mon frère, plus jeunes encore, ne réagissaient pas tellement.

Jhon Rachid a été placé en foyer et le raconte en BD depuis 2019. Il raconte à Brut en garder de bons souvenirs malgré la souffrance de quitter sa famille. Et ses éducateurs lui ont beaucoup appris.

L’installation de la première des filles s’est très bien passée : elle riait et jouait tout le temps avec nous. Au début, elle appelait ma mère « maman ». À 4 ans, en voyant sa mère en visite, ma maman lui a expliqué que c’était elle, sa mère. Elle a semblé comprendre et s’est mise à appeler ma mère « tata ».

L’arrivée de la deuxième a été un peu plus compliquée : elle ne parlait jamais, n’avait aucune émotion (ni chez nous, ni avec ses parents). C’est seulement après son entrée en petite section, à 3 ans, qu’elle a eu comme un déclic ! Elle s’est mise à rire et à être heureuse avec nous et ses parents. On a eu l’impression de découvrir une nouvelle personne !

Une famille d’accueil c’est beaucoup d’investissement, de temps et d’énergie

Désormais, les filles ont 4 ans et 6 ans. Je sais aujourd’hui les raisons pour lesquelles elles ont été envoyées chez nous, mais je ne peux pas vous le dire, secret professionnel. Ce n’est pas toujours facile pour moi de garder ce secret. Mes copines me demandent souvent, mais j’essaie de parler au minimum de ce sujet sensible. En général, les enfants placés sont envoyés dans des familles d’accueil parce que leurs parents ne sont pas en mesure de les garder. Des fois car les parents n’ont pas de logement ou sont handicapés. Ou à cause de la drogue, de l’alcool, etc.

Être famille d’accueil, c’est un travail qui demande beaucoup d’investissement, de temps et d’énergie. Mon père s’est beaucoup investi pour aider ma mère au mieux. Ma sœur et moi, on préparait tous les jours le goûter pour tout le monde. Mon petit frère, lui, était ravi que les filles soient là car il avait enfin des compagnons de jeu ! Mais ce n’était pas facile à la maison car il fallait être très organisé avec tous les rendez-vous des petites au service où travaille ma mère, pour qu’elles fassent les visites avec leurs parents.

Mes copines m’ont dit un jour : « Waouw, ta mère elle doit être super fatiguée d’éduquer six enfants. » (Oui, à cette période, mon autre petit frère est né). Je ne savais pas trop quoi répondre… Son travail était pour moi encore un peu vague. Quelquefois, le mercredi, ma mère était obligée de courir dans tous les sens pour déposer mon frère et ma sœur au sport, moi à mes cours d’arabe et les filles en visite chez leurs parents… à des heures très rapprochées. Souvent, je me suis retrouvée à marcher de la piscine jusqu’à la mosquée, ou inversement.

On a appris à partager notre maman

Aujourd’hui, je suis très reconnaissante envers ma mère car, d’après mes parents, tout ça nous a rendus responsables et plus matures. Avec mes frères et sœurs on a appris à être vraiment autonomes au niveau des devoirs. Ça nous a aussi beaucoup rapprochés et on a compris qu’il fallait qu’on s’entraide. Ma mère, elle, a réussi à apporter dans la vie des filles l’éducation et l’amour dont un enfant a besoin pour s’épanouir. Je suis très fière d’elle. En plus, en restant travailler à la maison, elle est parvenue à combiner sa vie de famille, de mère et d’assistante familiale.

Maxime a grandi entre le monde de ses parents et celui de sa famille d’accueil. Cette enfance entre confort et précarité lui a permis de ne pas juger ses parents et le monde en fonction de la classe sociale.

Je me suis rendu compte de la chance que nous avions d’avoir des parents présents pour nous. Et cela m’a touchée de voir l’évolution des filles, le fait qu’elles grandissent et mûrissent petit à petit. Je trouve que ma mère a bien rempli sa mission d’assistante familiale. Je suis très attachée aux filles et je les considère à présent comme mes sœurs. C’est une très belle expérience humaine que l’on a vécue et que l’on continue de vivre avec ma famille. Avec le temps, on a trouvé un bon équilibre, tout le monde a trouvé sa place et avec huit personnes à la maison, l’avantage c’est que je ne m’ennuie jamais ! Bien sûr, on se chamaille toujours entre nous, mais on a appris à partager notre maman !

 

Ranya, 14 ans, collégienne, Magnanville

Crédit photo Unsplash // CC Fikri Rasyid

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2 réactions

  1. Ranya
    Ton témoignage est précieux car je trouve que l’on entend pas assez les enfants de famille d’accueil dire leurs impressions et leurs émotions concernant le métier de leur mère (ou de leur père de plus en plus fréquemment). C’est un métier difficile mais qui peut apporter tellement aux enfants accueillis. Connaissant bien ce métier de par mes anciennes fonctions, j’ai toujours été admiratif de l’engagement de nombreux assistants familiaux et de leur famille.

  2. Ranya,
    beau témoignage d’accueil, de partage de votre maman, de tolérance. Je connais bien ce métier fait de bienveillance et de difficultés et aussi pour les enfants des familles d’accueil.

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