Alexandra H. 07/05/2021

Esclave dans ma propre famille

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Exploitée par sa famille, excisée, prostituée, Alexandra n'a pas eu d'autre choix que de fuir pour l'Europe et sa liberté.

Pourrai-je un jour redevenir une personne « normale » ?

Comme toutes les autres filles de 16 ans, je devrais penser à savoir comment me maquiller, passer des heures devant un miroir en cherchant à être belle et attirante. Mais non, chez moi tout est différent. Devant les gens, j’essaie d’être forte, mais au fond de moi je n’ai qu’une seule envie : mourir.

Il y a deux ans, c’était un vendredi, je suis rentrée à la maison et j’ai trouvé toutes les affaires de ma mère, vides. La voisine m’a dit qu’elle était partie, qu’elle ne reviendrait pas. Je me sentais anéantie. J’ai pleuré toute la nuit car je sentais au fond de moi que j’étais devenue orpheline. Mon père avait ramené une autre femme à la maison. Pour mon père, ma mère et moi n’avions plus d’importance.

J’étais devenue un appât sur une canne à pêche

Un mois après, mes malheurs ont commencé. Je n’allais plus à l’école, ma belle-mère me traitait comme une vulgaire chose. Je mangeais quand tout le monde était rassasié, j’étais devenue une femme de ménage dans la maison de mon père. Ensuite, à l’âge de 14 ans, elle a convaincu mon père de me faire exciser car elle disait que je n’étais pas une femme. Quelle douleur ! Je me suis fait « couper » à l’aide d’un couteau et sans antidouleurs. Ça a été le jour le plus horrible de ma vie.

Elle me punissait et me frappait pour un oui ou pour un non. Je pleurais presque chaque nuit et je priais Dieu de me ramener ma mère.

Beaucoup de femmes migrantes fuient leur pays pour échapper à des violences sexistes et sexuelles : viols, prostitution, mutilations génitales, mariages forcés… Pourtant, une fois arrivée dans leur pays d’accueil, il reste difficile pour elles de faire reconnaître les violences subies et donc d’obtenir l’asile. Explications d’Arte :

Avec son travail de chauffeur, mon père ne rentrait qu’une ou deux fois par mois à la maison. Il ne ramenait pas beaucoup d’argent, alors ma belle-mère a décidé de me prostituer à des hommes plus vieux pour satisfaire leurs besoins et couvrir ses dépenses. J’étais devenue un appât sur une canne à pêche. J’étais son moyen de s’enrichir : une fille de 15 ans qui se faisait abuser par des vieillards riches et dégueulasses. Je n’arrivais plus à me regarder dans un miroir. Mon corps, pour moi, était souillé. Ma vie s’était effondrée, les pleurs n’en finissaient pas. Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu survivre.

Elle avait peur que mon père revienne me chercher

Cette violence contre moi a continué jusqu’au jour où je suis tombée enceinte. Ce jour-là, elle a décidé de me faire avorter. Je ne voulais pas car j’avais peur de ne plus pouvoir avoir d’enfants. Elle m’a emmenée de force chez un soi-disant médecin dans une maison sombre. Celui-ci m’a demandé de me déshabiller et d’écarter les jambes. Il a introduit un truc au fond de mon vagin. Je criais de toutes mes forces mais il me tenait et me bloquait la bouche. Après ça, j’ai été envoyée à l’hôpital pour subir une intervention chirurgicale sinon j’allais mourir.

Après mon opération, ma tante est venue me rendre visite et je lui ai expliqué tout ce que j’avais vécu, alors elle a décidé de m’envoyer au Mali avec elle. Ensuite, elle a décidé de m’envoyer en France car elle avait peur que mon père revienne me chercher. J’ai travaillé un mois avec elle pour pouvoir payer mon transport pour la France. Puis, j’ai fait trois mois de route avant d’arriver ici et j’espère vraiment pouvoir écrire mon histoire au passé. Pour redevenir « normale ».

 

Alexandra, 16 ans, en formation, Paris

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

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