ZEP 06/07/2022

1/3 Notre place est sur le terrain

tags :

Le foot, Evelyne et Binta adorent ça. Mais elles ont dû relever de nombreux défis pour pouvoir le pratiquer librement.

« Je ne me voyais pas faire un autre sport que le foot. À chaque récré, j’attendais la sonnerie et j’étais pressée d’y aller pour jouer au foot. J’ai voulu m’inscrire avec des garçons, mais je me suis dit que ça allait être compliqué dans les vestiaires. Du coup, j’ai abandonné. »

« À l’école, mes potes ne me disaient rien mais quand on arrivait au city ils me lâchaient deux, trois piques… Quand j’étais petite, je pense que les garçons n’acceptaient pas forcément qu’on joue au foot. On me critiquait, on me disait que je n’étais pas faite pour ça. “T’es une fille tu peux pas jouer avec nous ! ” ; “Va jouer avec les autres filles ! ”. »

Être là pour mon équipe… ou pas

« Pour eux, j’suis une fille, je ne sais pas jouer. Ils me faisaient comprendre qu’ils ne voulaient pas que je joue. Ils me bousculaient, il me mettaient des croche-pattes. À un moment, ça m’avait un peu dégoutée de voir que mon frère ne me défendait pas et que mes potes non plus… Du coup, je commençais à me renfermer sur moi-même. »

« Moi, j’suis gardienne, c’est trop bien. J’aime trop plonger, arrêter les buts, être là pour mon équipe… Je sais que s’ils perdent le ballon et que ça vient vers moi, il faudra que je sois là pour défendre mes buts et c’est ça que j’aime bien. »

Ta place, elle est là !

« Au bout d’un moment, je me suis rebellée. J’avais une phase où je décrochais de tout. Je répondais, j’insultais, j’étais super agressive… Du coup, l’école a mis en place un truc où je devais aller voir le psychologue. À un moment donné, il m’a demandé si je faisais du sport. Je lui ai dit non. Il m’a demandé ce que je voulais faire. J’ai dit du foot. »

« On cherchait à me critiquer sur mon prénom, sur ma manière de jouer, alors qu’on ne va pas se cacher : j’étais meilleure qu’eux. Même eux avaient capté. J’étais la seule fille du groupe, du coup il fallait qu’il y ait un truc qui me casse dans mon élan. Comme ça, ils montrent : “Je suis un garçon, toi t’es une fille, ta place elle est là, notre place elle est là !” »

Pour le foot, on s’est battues

« Moi et quelques personnes de mon équipe, on a pleuré quand on a perdu en finale. Déjà, parce que je suis mauvaise joueuse et que je me disais : “On est arrivées deuxième sur 32”… Après, quand notre coach nous a parlé, j’ai réalisé que deuxième sur 32, c’était déjà beaucoup. »

« Je me suis battue, je me suis embrouillée, j’ai été privée de sortie… j’ai eu la totale depuis mes 11 ans. Maintenant, j’en ai 17, et je vis mieux ma passion. Je peux jouer librement, sans critiques tout ça…  Après, je ne vais pas vous cacher que j’en reçois encore. Mais je fais abstraction.

Le foot ou la dînette ?

« On voulait que je sois comme une fille. Genre que je joue à la dînette, tout ça. Alors que moi tout ce qui est fille… ça n’a rien à voir avec moi. J’suis un peu garçon manqué mais avec une petite touche de fille. Je voyais mes potes filles, elles faisaient de la gymnastique et je les regardais en mode : “Je ne peux pas faire ça.” Les sports de garçon, je pense que c’est pour moi. »

« Si une fille était toute seule dans une équipe de garçons, elle ne pourrait pas se changer devant eux. Alors que des garçons pourraient se changer devant une fille, parce qu’ils s’en foutent… Ce n’est pas égalitaire. »

SÉRIE 2/3 Entre Olivia et le foot, c’est une histoire qui dure. Et, chose rare, elle a eu la chance d’être soutenue par sa famille, son coach, et même les garçons avec lesquels elle a joué.

Le stade vélodrome de Marseille vu de nuit. Il prend la forme d'un coquillage avec un trou central et est éclairé d'une lumière bleue. La hauteur du bâtiment domine la ville.

« Aujourd’hui, je joue dans une équipe de filles. Mon équipe, je les aime de ouf. Le foot féminin, c’est bien ! Franchement, les filles, si vous voulez jouer au foot, jouez ! Il y a des gens qui ne le comprennent pas, mais je vous le dis : comment c’est trop bien le foot ! »

Evelyne et Binta, 17 et 16 ans, lycéennes, Savigny-le-Temple

Illustration © Léa Ciesco (@oscael_) // Musique Kiala Ogawa

Journalistes : Édouard Zambeaux et Léa Ciesco

 

Gagner ou perdre du terrain  

Des débuts compliqués 

– Le 7 mai 1881, la presse vient assister pour la première fois à un match de foot féminin, à Edimbourg. Les journalistes parlent des tenues des joueuses, le public quitte les tribunes avant la fin du match. Les rencontres suivantes susciteront même des émeutes

–  En 1912, le premier club de foot féminin français (Fémina Sport) est créé par deux profs d’éducation physique. Puis, ça s’enchaîne : en 1919, constitution d’une équipe de France. En 1921, création du championnat de France féminin. Mais en 1937, énorme coup de frein du régime de Vichy : interdiction du foot pour les femmes. 

 

Cinquante ans seulement de reconnaissance

– C’est seulement dans les années 60 que le foot féminin refait son apparition dans des fêtes de village. En 1969, des footballeuses déterminées créent une équipe de France et participent à une coupe d’Europe pirate. Ce coup de force mène à la reconnaissance du football féminin par la FFF (Fédération française de football) en 1970.

– Aujourd’hui,  le championnat de France féminin de football est appelé Division 1. C’est l’équivalent de la Ligue 1, sauf que chez les femmes, ce championnat n’est pas professionnel

 

Pas professionnelles et mal payées 

– Pour les joueuses, ça signifie un statut amateur ou semi-professionnel, des contrats hybrides, et surtout des salaires très bas. En moyenne, 2 494 euros par mois contre 108 422 euros pour les footballeurs professionnels. 

– Le salaire de la joueuse de foot la mieux payée au monde, l’attaquante de Chelsea Samantha Kerr, frôle les 480 000 euros par an. Son homologue masculin, Lionel Messi, au PSG, a touché 125 millions d’euros cette saison.

Partager

Commenter