Léo K. 14/12/2021

5/5 Avec la BAC, c’est la guerre

tags :

Dans le quartier de Léo, la BAC passe parfois du contrôle à la bavure. Lui et les autres jeunes ont décidé de répliquer face à ces violences policières.

C’est une journée comme une autre. Je suis posé avec mes potes et une patrouille passe avec, à sa tête, Jordan. C’est un cow-boy, tout le monde le connaît dans la zone : c’est un baceux.

Lui et son équipe descendent nous contrôler et ça dégénère. Ils abusent de leur autorité, nous insultent, il y a même des injures racistes ! Et ça en vient aux jets de projectiles. D’autres potes à nous un peu plus loin assistent à la scène et interviennent. Mon quartier, c’est une grande famille ! T’assistes à l’agression de ton frère, tu interviens. Point. Donc tout le quartier intervient. D’abord, juste des cailloux et des cannettes, puis ils sortent les mortiers.

Jordan se fait charger par toute la cité, monte dans sa voiture avec son équipe et, quelques minutes plus tard, des renforts arrivent. En moins de cinq minutes, nous sommes dans un champ de bataille. C’est parti en mini-guerre : ces policiers censés être gardiens de la paix balancent des fumigènes. Le ciel terni, le sol ouvert, bienvenue en enfer. La Skoda, la Megane, l’UTeQ [aujourd’hui remplacée par la BST, brigade spécialisée de terrain, ndlr], et des motards en civil et tenue.

Jordan le cow-boy, connu pour ses contrôles musclés

Ils gazent tout le monde, y compris des enfants et des mères de famille qui sortent d’un immeuble. Ils essaient de lancer un fumigène dans la cage d’escalier d’ailleurs, mais ils ratent. Nous sommes devant des monstres et il faut que, nous-même, nous devenions des monstres. Les flashballs et les fumigènes, ça fout la rage. On les allume au mortier.

Série 1/5 – Des modèles des voitures aux comportements de chaque unité, Reda reconnaît tous les policiers de son quartier.

Discussion entre un homme et un policier.

Pour moi, c’est tout à fait normal d’agir comme ça. Parce que, Jordan le cow-boy, il est connu pour ses contrôles musclés. Des fois, il vient même pas pour embarquer les gens. Une fois, il a même emmené un de mes potes dans un quartier rival ! Heureusement pour lui, il n’y avait personne…

Bref, pendant trente minutes, nous sommes retournés dans la guerre de 300. Et Jordan, c’est le méchant, le vrai. C’est tout le temps comme ça… Ça part en couille, ils ont des armes, alors ils se sentent pousser des ailes. Après, faut pas généraliser ! Le problème, c’est le recrutement dans la police. Parce que, des gars comme Jordan, ils ne devraient pas exercer. S’il a de la haine en lui, il devrait plutôt aller boxer !

Léo, 17 ans, lycéen, Pantin

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

Contrôles et violences à répétition dans les quartiers

20 fois plus de risques d’être contrôlé quand on est un jeune homme noir ou arabe

Les 18-25 ans sont sept fois plus contrôlé·e·s par la police que le reste de la population. Parmi elles et eux, ce sont les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes qui en subissent le plus : 80 % d’entre eux ont été contrôlés ces cinq dernières années.

La moitié des enquêtes de l’IGPN ouvertes pour des faits de violence

En 2020, l’inspection générale de la Police nationale (IGPN) a reçu 5 420 signalements. 1 101 enquêtes judiciaires ont été ouvertes, la moitié pour violences. 38 enquêtes ont également été ouvertes par l’IGPN en 2020 pour injures à caractère raciste ou discriminatoire (contre 21 en 2019).

Les banlieues aussi ont leur porte-voix

L’équipe de l’écho des Banlieues s’est rendue au quartier des Mille-Mille, à Aulnay-sous-Bois, pour le raconter à travers les regards de ses habitant·e·s. Un documentaire de trente minutes qui questionne entre autres le traitement médiatique des quartiers et les violences policières.

Partager

Commenter