Anne-Esther L. 19/10/2023

2/2 J’ai du mal à accepter ma peau foncée

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Des films aux réseaux sociaux, Anne-Esther a longtemps subi l’idée qu’être belle, c’est être claire. Du moins pas trop noire, avec des cheveux lisses et un petit nez.

Pour moi, la beauté c’est tout sauf ma personne. Je suis noire. Et j’ai détesté ma couleur de peau. J’ai voulu être plus claire un nombre incalculable de fois, parce que les garçons préfèrent les filles claires, et les filles préfèrent être amies avec une magnifique fille blanche aux cheveux bouclés. Depuis une période tellement longue que je ne compte plus, je fais face à des épisodes dépressifs, souvent à cause de mon apparence. Nous vivons dans une société où la beauté est excessivement louée. Elle m’a imposé sa vision : avoir la peau claire ou blanche, le corps mince, avec des traits physiques occidentaux.

On connait tous ces fameux films américains comme Autant en emporte le vent ou Dina et le prince. La femme noire est soit la « mammy », soit la personne la moins attractive possible à qui personne ne veut ressembler. Dina et le prince est un dessin animé, quelque chose vu par des enfants et donc des enfants noirs aussi. Dina y passe de la fille noire sale aux cheveux curly et au visage acnéique à la magnifique princesse blanche aux cheveux longs, à la peau si pâle et blanche qu’on se demande si elle n’est pas adepte des bains de lait.

Peau claire et yeux bleus

J’ai grandi avec cette image littéralement partout autour de moi. À la télé, dans mes films et séries préférées et sur les réseaux sociaux, j’ai rarement vu des filles noires de couleur foncée. Juste des filles métisses ou caucasiennes avec un petit nez, des joues roses, des yeux bleus. Le parfait cliché, tu vois. Le philosophe Christoph Meiners a déclaré dans son ouvrage The Outline of History of Mankind qu’il y aurait deux catégories de personnes : « the beautiful white race » et « the ugly dark race ». En d’autres termes, « la magnifique race blanche » et « la vilaine race noire ».

Quand tu as une peau foncée, une grande partie des gens pensent que tu n’es pas attractive ou que tu es sale. En Inde, des millions de tonnes de produits éclaircissants sont vendus. Dans les films Bollywood, il n’y a que des personnages clairs de peau. En Chine, ils font des publicités plus stupides les unes que les autres. Tout le monde préfère la clarté à l’obscurité.

J’ai une amie, elle est magnifique, tout le monde le dit. Vous savez pourquoi elle est tellement belle, même si elle est noire ? Elle n’est pas noire comme moi, elle est beaucoup plus claire. Elle a ces fameux traits européens, principalement le petit nez, et pas d’acné ou de cheveux crépus. Bizarrement, des personnes noires comme moi n’arrêtent pas de dire qu’elle n’est pas noire. D’une certaine manière, vous comprenez que pour l’être, vous avez besoin de me ressembler. Gros nez, très foncée avec des cheveux « compliqués ».

Double standard

Vous voyez ces jours où vous voulez juste être chill sans prise de tête pour les cheveux, le maquillage ou bien l’outfit ? Des fois, on voit une fille blanche à l’école ou sur les réseaux sociaux avec son chignon coiffé-décoiffé, son gros sweat et son cycliste. Les autres balancent des commentaires comme : « Wow, elle est trop belle » ; « Même pas besoin de make-up. » Mais attention ! Quand une fille noire pose ses fesses sur son lit, pour se filmer avec ses cheveux courts et crépus, sans maquillage et avec un minuscule bouton, oh boy… les gens se déchaînent : « Meuf, fais un contouring » ; « Tu serais tellement plus belle avec les cheveux lisses… » Être une femme noire, c’est avoir à checker tellement de cases…

Je suis fatiguée. J’en ai marre d’entendre des hommes noirs dire qu’ils ne sortiront jamais avec des filles noires parce qu’elles leur rappellent leurs cousines, leurs sœurs, leur mère ou des singes. Je suis à deux doigts de m’arracher les cheveux. Je suis à saturation de leurs commentaires constants sur notre couleur de peau, sur nos nez, nos cheveux et sur tout ce que nous faisons.

Anne-Esther, 17 ans, lycéenne, Toulouse

Crédit photo Pexels // CC cottonbro studio

 

Le colorisme

C’est une discrimination basée sur la couleur de la peau. Cette discrimination s’appuie sur un principe raciste : l’universel, ce serait la peau blanche. Plus un individu s’en éloigne, moins sa place dans la société est importante.

Le colorisme est un héritage direct du colonialisme. À cette période, plusieurs classifications raciales sont mises en place en fonction de l’intensité de la couleur de peau des esclaves : le sacatra, le mulâtre, le quarteron, le métis, le sang-mêlé… Les esclaves les plus foncé·es se voyaient attribuer les tâches les plus dures, et étaient encore moins bien traité·es que les autres.

Aujourd’hui, le colorisme existe surtout à travers les normes de beauté. Même dans certaines communautés racisées, plus une personne a la peau foncée, moins elle est considérée comme belle.

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