Irina K. 05/01/2022

1/2 Présidentielle : qui va m’apprendre à voter ?

tags :

Irina va avoir 18 ans, elle va donc pouvoir voter à la présidentielle. Mais elle ne sent ni prête, ni préparée à assumer cette responsabilité. Alycia, elle, suit la politique depuis toute petite et, à 15 ans, elle a déjà conscience que sa génération n'est pas assez prise en considération par les politiques.

L’année prochaine, j’ai 18 ans. Depuis mon enfance, on me répète sans cesse qu’avoir 18 ans est symbole de liberté et de changements. Moi, la première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est : « Génial, je vais pouvoir acheter de l’alcool légalement ! » Sauf que la réalité est plus compliquée, et j’en ai rapidement pris conscience : 18 ans, c’est aussi l’obtention du droit de vote. Voter, un beau cadeau d’anniversaire ? Comment en profiter si on ne m’a jamais appris à l’utiliser ?

Spectatrice plutôt qu’actrice

La politique a toujours été pour moi quelque chose de compliqué à comprendre. Depuis petite, je vois mes parents voter, parler politique et débattre aux repas de famille le dimanche. Mais j’ai toujours pensé que ma place resterait la même toute ma vie : spectatrice. À l’école, la politique est un sujet constamment écarté, voire censuré au sein des classes. On a pris deux ans pour m’expliquer le règne de Louis XVI en France, mais pas une seule seconde pour m’apprendre la politique actuelle de notre société.

Les cours d’éducation morale et civique qu’on nous enseigne sont beaucoup trop simples, et surtout trop courts. Nous en avons seulement une heure par semaine, ce qui est en réalité très peu comparé au français ou encore à l’histoire-géographie. Une heure pour comprendre notre société est théoriquement impossible.

« Personne ne nous écoute »

Et puis, j’ai toujours eu l’impression que parler politique avec des personnes de mon âge était quelque chose de dérangeant et peu approprié. Je me souviens d’un jour, j’étais avec des amies à Paris et j’avais vu le matin même sur les réseaux sociaux qu’une manifestation pour le climat avait lieu pas loin du quartier où l’on était. Je leur ai demandé d’aller y faire un tour, parce qu’à mes yeux c’était vraiment important. La seule réponse que j’ai eu c’est : « Tu crois vraiment que notre présence va changer quelque chose ? La planète est déjà foutue, et personne ne nous écoute de toute façon. »

Manifester, défendre ses convictions politiques et hurler qui nous sommes dans les rues semble pour moi être une solution accessible à tous. Mais est-ce qu’on nous écoute vraiment ? Qui nous écoute ? Nos voix ont-elles vraiment un impact sur la société ?

Voter pour ce monde qui sera bientôt le mien

Et lorsque la politique se retrouve dans la bouche des adultes, elle se transforme en une force pour débattre… ou même se battre. Les hommes se contredisent constamment sur leur propre manière de penser, et je trouve ça terrifiant. Allumer la télé pour écouter les débats politiques qui se transforment en règlements de comptes, lire les articles de presse sur les derniers scandales politiques, ou encore les discours trop compliqués à comprendre sur des choses qui ne nous concernent pas encore réellement , sont une impasse pour essayer d’appartenir à la politique.

J’ai bientôt 18 ans, je vais pouvoir voter, les présidentielles approchent rapidement et je ne sais plus vers qui me tourner pour essayer d’appartenir à ce monde, qui risque bientôt de devenir le mien.

Irina, 17 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo Hans Lucas // © Delphine Mayeur

 

Le vote chez les jeunes

Les jeunes votent moins, mais sont tout autant concerné·e·s par la politique

82 % des moins de 35 ans se sont abstenu·e·s lors des élections départementales et régionales de juin dernier. Ils et elles ne sont pas pour autant désintéressé·e·s de la vie politique et citoyenne, puisque cette tranche d’âge est celle qui s’est le plus engagée auprès d’associations ces derniers mois et qui manifeste le plus.

Ils et elles ne se sentent pas représenté·e·s

Si l’abstention est plus forte chez les moins de 35 ans, c’est surtout parce qu’ils et elles ne se sentent pas représenté·e·s par les élu·e·s. Et pour cause : l’immense majorité des représentant·e·s de l’État sont des hommes de plus de 50 ans. À titre d’exemple, les député·e·s français·es ont en moyenne 51 ans, malgré un phénomène de rajeunissement et de féminisation au fil des scrutins.

Le taux d’abstention dépend des enjeux de l’élection

Les moins de 35 ans ne s’abstiennent pas dans les mêmes proportions aux différents scrutins. Ils et elles participent moins aux élections locales (régionales, municipales, etc.), parce qu’ils et elles ont l’impression que les représentant·e·s politiques nationaux et européen·ne·s leur ressemblent plus, et se tournent davantage vers elles et eux. Les jeunes ont très rarement appris le fonctionnement des institutions locales à l’école, et c’est aussi pour cette raison qu’ils et elles ne se sentent pas concerné·e·s.

Partager

Commenter