Winona D. 12/05/2021

Mon afro n’est pas qu’une « simple coiffure »

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Petite, Winona complexait de ses cheveux, et les cachait. Depuis, elle a compris que ça venait de la société. Elle en est fière, de son afro.

« Tes cheveux ressemblent à du coton », « Je peux toucher ? », « Ils sont beaux tes faux cheveux », « Oh trop cool, on dirait de la barbe à papa. » Voilà ce que disent les gens de mon école quand ils voient mes cheveux. Moi, ce que je vois, c’est un bouquet de roses. La beauté de mère Nature.

Je me sens belle avec, mais plus jeune, ils ne correspondaient pas à mes attentes. Je les voulais longs, denses, fluides, comme les filles sur Youtube. Alors, pendant mes années collège, j’ai eu du mal à sortir de ma zone de confort. Je faisais toujours des braids (des tresses avec extensions, une des coiffures protectrices les plus populaires pour les cheveux afro).

Et puis je me souviens d’un jour, en quatrième, où je suis partie à l’école avec mon afro.

On me scrutait comme si j’étais une criminelle

Je ne peux même pas décrire la sensation dans mon ventre à la récréation. Les yeux des élèves s’étaient transformés en détecteurs de mouvement. À chacun de mes pas, on me scrutait comme si j’étais une criminelle. Je ne me suis pas laissée abattre.

Pourtant, au bout de deux heures, j’ai abandonné le combat à cause des remarques « juste pour rire » de mes camarades. Ces micro-agressions perpétuelles m’ont tellement découragée que j’en ai perdu l’envie de montrer mes cheveux au naturel.

Le livre Politics of Black Women’s Hair de Althea Prince, sociologue et essayiste, raconte le lien qu’ont les femmes noires avec leurs cheveux : de la manière dont ils sont perçus à la recherche d’identité à l’adolescence.

Il m’a fallu quatre ans pour enfin avoir la force d’esprit d’assumer cette coiffure et de la brandir telle le symbole d’héritage et de courage qu’elle est. Vous vous rendez compte de l’absurdité de mes mots ? Avoir la force d’esprit. Pourquoi devrions-nous avoir de la force d’esprit pour simplement avoir une coiffure avec nos cheveux naturels ?

Pendant l’esclavage, nous devions cacher nos cheveux

Quand j’étais plus petite, les femmes de mon entourage avaient les cheveux défrisés. Les cheveux naturels étaient synonymes de douleur et « d’indomptabilité ». Encore aujourd’hui, on nous répète toujours « il faut souffrir pour être belle », et c’est encore plus valable pour les femmes noires qui doivent « dompter » leurs cheveux.

C’est grâce aux réseaux sociaux que j’ai compris d’où venait notre complexe sur nos cheveux. Pendant l’esclavage, nous devions cacher nos cheveux parce qu’ils étaient considérés comme sales, indomptables. Puis, durant la ségrégation, parce qu’ils étaient « non professionnels » et « ghettos ».

Encore aujourd’hui, il suffit de faire le test avec Google Images. Cherchez « professional women hairstyle » (coiffures professionnelles femmes) et vous verrez une majorité de cheveux lisses et/ou ondulés. Certaines personnes, sous prétexte que leurs coiffures ne semblent pas professionnelles, se sont même vu refuser des emplois. Pour m’avoir éduquée sur tout ça, je peux remercier Safia de la chaîne Youtube « Grandeurnoire ».

Quand je vois des personnes non-noires qui les portent « pour le style »…

Souvent, quand je vois des coiffures (tresses, afro, bantu knots…) sur des mannequins ou de simples personnes non-noires qui les portent « pour le style », j’ai toujours cette pensée en tête qui me dit : « Mais attends, ils sont sérieux ? Ils ne savent même pas ce que ça représente. »

Beaucoup de nos coiffures ont une signification. Dans les tribus, elles étaient le reflet de nos statuts sociaux. Certaines de mes copines avec qui j’en ai déjà parlé me trouvent trop extrême et me tannent avec l’excuse : « Ce ne sont que de simples coiffures. » Je sais que c’est bien plus que ça : les cheveux dans la communauté noire, c’est une des seules parties de notre identité qui, malgré l’oppression constante, a toujours subsisté.

En déménageant à la campagne, Sama était la seule Noire de sa classe. À cause des remarques racistes sur sa couleur de peau et sur ses cheveux, elle s’est sentie « exotisée » pour la première fois.

Alors, aujourd’hui, porter mon afro me rend fière du chemin que j’ai parcouru. Je me sens plus forte et déterminée à me faire accepter comme je suis, peu importe les embûches qui m’attendent. Je revendique haut et fort la beauté, la préciosité, l’élégance des cheveux afro. Et j’espère, sur mon passage, encourager d’autres à faire de même.

 

Winona, 17 ans, lycéenne, Luzarches

Crédit photo Unsplash // CC Baptista Ime James

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2 réactions

  1. Je trouve ce témoignage très fort et instructif. Effectivement, nous sommes nombreuses à avoir vécu ce type d’expérience mais malheureusement souvent incomprises et isolées.
    Heureusement, il n’est jamais trop tard pour faire la paix avec soi-même et s’aimer 🙂

  2. D’ailleurs j’ai écrit un petit texte à ce sujet qui pourrait sûrement vous plaire. Il s’agit d’un petit conte très
    court et amusant qui ne demande qu’à être lu: https://www.mianda.fr/post/sa-majuscule-crépuscule

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