Kaouthar D. 07/06/2022

Ancienne décrocheuse, future médecin

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Kaouthar a arrêté l’école en troisième. Depuis, elle a réussi à surmonter son décrochage scolaire en trouvant sa voie : la médecine.

Au collège, je ne travaillais pas. Je ne comprenais pas pourquoi je devais apprendre des leçons qui ne me serviraient probablement jamais. Je n’avais aucune motivation, aucun but. Rien. Résultat : je n’ai pas eu mon brevet des collèges. Un jour, mon prof de français m’a dit : « Tu prendras un chemin différent des autres, mais tu finiras par trouver ta voie. » Il avait raison, pour la médecine. Mais, à ce moment-là, je n’y croyais plus.

Avec mes résultats catastrophiques, aucun lycée ne m’a acceptée. Je me trouvais dans une impasse, en plein décrochage scolaire. La conseillère d’orientation m’a demandé : « Kaouthar, est-ce que tu aimes les enfants ? » Mais qui n’aime pas les enfants ? Alors elle m’a proposé de passer un CAP petite enfance de deux ans, pour travailler en crèche.

Un seul lycée privé qui proposait la formation m’a acceptée… et j’ai tout simplement détesté. Ça ne me correspondait pas. J’ai réussi à avoir ce diplôme en ne fournissant quasi aucun travail. Mais je me suis rendu compte que je devais absolument évoluer. Ce n’était plus comme au collège : mes objectifs étaient différents. Je voulais apprendre, aller à la fac, faire des études supérieures.

Coup de cœur pour la médecine

Je n’avais pas le bac, donc mes choix étaient limités. J’ai finalement opté pour une formation d’aide-soignante d’un an. Déterminée à réussir, j’ai mis mon pied dans une bibliothèque pour la première fois de ma vie pour préparer les oraux d’admission. J’ai lu énormément pour être incollable en culture générale. J’ai postulé pour sept écoles au total. Et j’ai réussi, avec un travail acharné, à être admise aux sept. Mon travail était récompensé pour la première fois. Quelle fierté !

En commençant les stages, je me suis rendu compte que j’avais peut-être enfin trouvé ma voie : la médecine. Pendant mon premier stage en hôpital, dans le service de neurochirurgie de l’hôpital Rothschild. Je suivais des internes et des externes qui voulaient bien m’apprendre pour me renseigner sur la formation médicale.

Une doctoresse m’a proposé de l’assister pour une intervention médicale. Toute excitée, j’ai assisté à ma première ETO (échographie transœsophagienne).

Alors, après mon diplôme d’aide-soignante, je n’avais qu’un objectif : entamer des études de médecine.

Objectif : avoir le bac

Mais première étape : avoir un bac ou un équivalent pour intégrer la précieuse faculté de médecine. Après avoir passé un entretien avec la directrice de formation, j’ai été admise ! Le jour des résultats, je m’en souviendrai toute ma vie. Je travaillais dans un hôpital à côté de chez moi et quand j’ai lu le mail de validation, j’ai sauté de joie dans les couloirs. Enfin une étape de franchie.

Quand je suis arrivée en cours à la Sorbonne pour passer le bac en candidat libre, je me suis rendu compte que j’étais la plus jeune. J’avais tout juste 20 ans. Je devais absolument me remettre à niveau avant d’accéder à la première année commune de médecine. La physique, je n’en avais jamais fait de ma vie, et la chimie et les mathématiques, n’en parlons même pas. Je devais tout recommencer à zéro, en commençant par les tables de multiplication. La seule matière pour laquelle je n’ai pas eu de difficultés particulières, c’est le français. Un an après, j’ai décroché le bac scientifique, et je me suis enfin sentie « légitime » de réussir.

En août 2020, les cours préparatoires de médecine ont commencé en plein milieu des vacances scolaires. J’ai travaillé d’arrache-pied, du matin jusqu’au soir. J’ai pris beaucoup de poids, j’étais très isolée et fatiguée. Je me suis coupée de tout. Plus de réseaux sociaux, plus d’amis, plus d’activités. Rien qui pouvait m’éloigner de mon objectif.

« Tu n’y arriveras jamais »

C’était l’une des années les plus dures de toute ma vie, aussi bien mentalement que physiquement. Je ne faisais que ça. Apprendre par cœur, réciter mon concours de biochimie telle une poésie de Baudelaire. Le travail n’était pas si difficile que ça, c’était plutôt le temps, le stress et la pression qui devenaient insupportables. On a beaucoup cherché à me décourager.

Quand Idir a commencé à décrocher, il a manqué de soutien pour retrouver goût à l’école. Les confinements ont signé l’arrêt de mort de sa scolarité. Jusqu’à cette inscription de la dernière chance.

Capture d'écran de l'article "Mon virus, c'est le décrochage scolaire", illustré par une photo sur laquelle on voit un jeune homme affalé à plat ventre sur un canapé, épuisé.

La conseillère d’orientation chez qui j’étais allée pour avoir des informations concernant la reprise de mes études m’a dit : « Tu n’y arriveras jamais, regarde-toi. Reste aide-soignante. Tu verras, tu finiras par t’épanouir dans ce métier. Je suis désolée si mes mots sont forts, mais je préfère que tu réalises que ce n’est pas fait pour toi rapidement, pour pas que tu perdes du temps. C’est pour ton bien que je dis ça… »

Quand je travaillais en service cardiologie, ma collègue aide-soignante m’a ri au nez : « Tu ne vas jamais y arriver, ma cousine a raté médecine alors qu’elle a eu un bac scientifique avec mention très bien ! » En PACES [la première année de médecine et la plus difficile, ndlr], le taux de réussite est de 15 %.

Aujourd’hui… je suis en deuxième année.

Kaouthar, 23 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Ruffa Jane Reyes

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