Faith A. 01/08/2022

À l’école, j’étais la seule Noire

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Dès l’enfance, Faith a été harcelée et mise à l’écart. D’abord parce qu’elle est noire, ensuite parce qu’elle est ronde.

En maternelle, personne ne me parlait, personne ne voulait jouer avec moi, car j’étais « différente », c’est-à-dire la seule Noire.

En primaire, à cause de toute cette haine et ce racisme que je subissais, je suis devenue agressive envers les enseignants. Parfois, je me rappelle, certains élèves me promettaient de jouer avec moi. En échange, je devais faire des trucs bizarres, comme crier ou lever mon t-shirt. Mais j’avais beau me plier à leurs exigences, ils ne l’ont jamais fait. Les enseignants, eux, n’essayaient même pas de me comprendre. Ils m’envoyaient chez le psychologue de l’établissement qui me montrait ses images de papillons absurdes, et qui n’a jamais rien résolu.

Il avait un ami à la peau noire

Je me rappelle de ce garçon de CM2, qui me haïssait et m’insultait continuellement de « sale grosse vache noire ». Il avait un ami noir. Un jour, je suis allée demander à son ami pourquoi il l’acceptait dans son groupe, lui qui était noir, comme moi ! Il m’a répondu en se grattant la peau qu’il n’était pas noir, mais blanc.

Chaque matin, je suppliais ma mère de ne pas m’emmener à l’école. Mais elle ne comprenait pas : elle croyait que je voulais seulement rester à la maison pour jouer.

En CE1, il y a eu une nouvelle élève noire dans l’école. Naïvement, j’ai d’abord pensé que j’allais pouvoir me faire une amie… Comme elle était dans une autre classe, je suis allée lui parler à la récré. Mais elle m’a ignorée. En fait, elle ne m’a jamais adressé la parole, je n’ai jamais entendu le son de sa voix. Les autres filles blanches l’ont tout de suite acceptée dans leur groupe. Moi qui étais avec elles depuis la maternelle, je n’ai jamais été acceptée.

J’avais quelques amis garçons, avec qui je jouais aux billes dans la cour. Mais, en grandissant, ils se sont éloignés de moi, car j’étais une fille. Je me souviens que le directeur venait me parler dans la cour. Il voyait bien que j’étais seule.

On a commencé à se moquer de mon physique

Au moment de passer en CE2, j’ai changé d’école. Dans mon nouvel établissement, il y avait beaucoup plus de mixité.

Il y avait des Noirs, et je me suis immédiatement fait des amis. Là, je n’ai plus souffert du racisme. Mais on a commencé à se moquer de mon physique, à faire des blagues sur ma taille et mes formes. Ceux qui s’en prenaient à moi prétendaient que ce n’était rien, qu’ils n’étaient pas sérieux : c’était « pour rigoler »… Des excuses bidons ! Ils étaient persuadés que si les gens sont « gros », c’est qu’ils mangent trop. « Arrête de trop manger ! » ; « Chez toi, tu manges des tacos tous les jours ? » Mais qu’est-ce qu’ils en savaient ? Est-ce qu’ils vivaient avec moi ? Ce qui est certain, c’est qu’ils n’avaient jamais entendu parler de génétique ni de métabolisme lent.

Bon, je vivais ma vie quand même. Il fallait bien.

Noire, d’origine malgache, Maya a grandi en France. C’est le regard des autres, ici, qui a modifié sa perception d’elle-même.

Miniature de l'article "En arrivant en France, je suis devenue noire".

Les choses ont changé en CM2, lorsque la directrice est venue me voir. Elle s’inquiétait pour moi, elle avait compris ce que je subissais. Elle voulait savoir ce qu’on en pensait, moi et mes copines. Ensuite, elle est venue dans ma classe, pendant un cours. Je me souviens de son air sérieux, de sa voix forte. Elle a parlé du harcèlement, elle a expliqué tout le mal que cela faisait chez les victimes.

Dans la classe, l’un des garçons qui me harcelait s’est mis à pleurer. Avec un autre, ils m’ont demandé pardon. Quand la directrice a convoqué ses parents, j’ai ressenti de la peine pour lui.

Maintenant, je suis en classe de troisième. Je ne me fais plus harceler pour l’instant, et, je l’espère, plus jamais.

Faith, 14 ans, collégienne, Grenoble

Crédit photo Unsplash // CC Tasha Jolley

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