Rayan C. 04/06/2021

Fachosphère : l’islamophobie pollue les réseaux

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L'islamophobie, Rayan l'a découverte à 14 ans en même temps que Twitter. Des comptes anonymes d’extrême-droite aux vidéos d’Eric Zemmour.

Sur les réseaux et à la télé, ma religion est perçue comme une religion de haine et de soumission pour les femmes, mais dans ma vie, je ne la perçois pas comme ça. Je suis musulman. Je suis sur Twitter depuis cinq mois environ pour pouvoir parler avec des amis et être au courant de l’actualité. À la création de mon compte, je ne pensais pas tomber sur des profils aussi choquants, comme ce mec qui s’appelait Patriote. Dans sa bio, il y avait un emoji du drapeau français, un pique (Fleur de Lys) et un emoji cochon et ça disait : « Si tu ne veux pas de mon cochon, dégage et retourne dans ton pays de musulmans ! »

Quand j’ai cliqué sur son compte, j’ai été choqué, je ne pensais pas qu’on pouvait afficher des opinions aussi directes. En plus, c’était direct dans sa bio ! En photo de profil, il avait mis Napoléon Bonaparte qui tient dans ses mains un drapeau de la France. J’ai lu un ou deux de ses tweets, dont un qui a retenu mon attention où il disait : « Si on virait ces Arabes et ces Noirs, la France aurait moins de problèmes ! » Suite à ça, je l’ai signalé puis je l’ai bloqué, car je ne voulais plus lire des tweets aussi blessants.

Islamophobie : ces comptes Twitter qui répandent la haine

Sur Twitter, j’ai malheureusement vu plein d’autres comptes avec des propos qui ressemblent à ceux de Patriote. Il y en a qui postent des trucs violents avec des phrases du genre : « Si j’étais Président, j’aurais fermé toutes les mosquées de France et expulsé ces Arabes et ces Noirs hors de notre territoire. » Certains ont seulement quelques followers et d’autres sont suivis par une petite communauté. Mais j’ai remarqué que les comptes les moins connus sont parfois les plus racistes.

« L’affaire Mila » a relancé les débats autour de l’islamophobie sur les réseaux sociaux. Cyberharcelée après avoir insulté l’islam dans une vidéo Instagram, elle invoque le droit au blasphème et à la liberté d’expression. Derrière les hashtags #JeSuisMila et #JeNeSuisPasMila, deux camps s’opposent. Analyse du traitement politico-médiatique par Usul :

Il y a aussi les comptes plus connus : Damien Rieu ou encore Éric Zemmour. À la télé, il est un peu plus doux que sur les réseaux, mais il tient toujours des propos choquants. Je trouve ça assez malsain que, sur certains plateaux télé, les invités parlent tout le temps de l’islam en en disant du mal. En plus, les personnes concernées ne sont jamais invitées pour démentir les propos tenus à leur égard. Surtout que c’est tout le temps dit par des personnes qui ne s’y connaissent pas en religions et qui ne sont là que pour répandre leur haine.

L’islam que je vis est joyeux et non-violent

Pour moi, le sujet le plus abordé par les médias, c’est le voile et le fait que les jeunes filles portant le voile y sont obligées par leurs parents ou influencées par d’autres. Mais moi, dans mon quartier, je ne vois pas ça. J’habite à Pantin et parfois, les filles se voilent par leur propre décision. Ma sœur n’a jamais été obligée par ma mère ou mon père… et mon père n’a jamais rien dit sur le sujet. Les gens à la télé devraient faire pareil… Ne rien dire !

Je pense sincèrement que si ces propos n’étaient pas dits à la télé et que ces mensonges n’étaient pas propagés sur les réseaux sociaux, la réputation de l’islam au sein de la France serait meilleure. Elle serait perçue comme une religion moins violente, haineuse et sexiste qu’aujourd’hui, et ses croyants aussi.

Farah, Manel et Kaba sont musulmanes. Victimes ou témoins d’islamophobie, elles racontent dans notre podcast la façon dont on s’attaque à leur identité française à cause de leur religion.

Dans mon quartier, la majorité des habitants sont musulmans. À Pantin, tous les jours, je vis l’inverse des propos de ces personnes qui ne voient aucun message de paix à travers le Coran, mais juste un livre sacré rempli de haine et de violence. L’islam que je vis, moi, est joyeux et non-violent.

 

Rayan, 14 ans, collégien, Pantin

Crédit photo // Islamophobie et fachosphère sur Twttier part La ZEP

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