Alves Edson P. 01/07/2022

Le rap, c’était mieux avant ?

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Alves Edson est fan de rap. Ses parents aussi. Mais ils ne sont pas d’accord sur ce que c’est, le « vrai » rap.

J’ai toujours été un grand adepte de rap. Particulièrement de rap français avec SCH, qui est celui qui m’inspire le plus.

Mais mes parents ont des préjugés, absurdes selon moi. Ils disent que le rap, c’était mieux avant, que c’est de la musique de « merde » ou de « voyou ».

Pourtant, les messages véhiculés dans le rap d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux du rap qu’ils écoutaient à l’époque. C’est juste dit avec des mots plus crus et directs. Il y a toujours des messages politiques : les rappeurs racontent leur mode de vie, des choses qu’on ne voit pas forcément dans les médias, comme la vie dans les quartiers. Mes parents voient que le mauvais côté, le côté voyou, alors que c’est un rap conscient. Les rappeurs racontent leur réalité.

Du rap à l’ancienne

On va pas faire les choqués, on habite aussi dans ces quartiers, on connaît ! C’est bien d’en parler, ça peut réveiller les gens sur la façon dont on vit ici, c’est pas normal. Mes parents écoutent du rap à l’ancienne comme Sinik, Diam’s, NTM et IAM. Ils me disent : « Ça c’est du vrai rap, c’est pas que de la vulgarité ! » Mais pour moi c’est la même chose, c’est juste la manière de parler qui a changé. Si les rappeurs parlaient comme à l’ancienne, aujourd’hui ils perceraient pas. Le trash, c’est pour réveiller les gens. Il faut qu’on laisse les rappeurs s’exprimer : si on veut faire passer un message, on va pas te caresser dans le sens du poil.

Je trouve ça bien car aujourd’hui les rappeurs parlent comme nous, ils s’adaptent mieux à notre langage entre amis. Donc le message passe mieux. Je trouve ça plus authentique mais je ne dénigre pas l’ancien rap, car j’en écoute également grâce à mes parents.

Mon père et ses préjugés

J’ai donc prouvé à mon père que son avis n’était pas objectif. Je lui ai montré une punchline de NTM, d’un son qu’il écoutait quand il était jeune. Il m’a répondu comme d’habitude que c’était de la merde, avant de changer totalement d’avis lorsque je lui ai révélé que ça venait de NTM. C’était dans « Laisse pas trainer ton fils ». En fait, mon père va pas chercher à réfléchir, il va dire « c’est de la merde ».

Il m’a fait récemment découvrir Hugo, un ancien rappeur du 18e arrondissement de Paris, où je suis né. J’ai mis quelques sons dans ma playlist, et quand un des sons est passé il m’a dit « c’est quoi cette musique de voyou », sans savoir que c’était la musique qu’il m’avait conseillée.

Gap générationnel

Alors qu’avec ma mère, je peux partager l’amour du rap. On va aller voir Sexion d’Assaut ensemble en concert. Elle avait aussi accroché avec 13’Organisé, elle trouvait que c’était entraînant. Mon père, lui, lâche pas l’affaire. Il dit que c’est toujours la même chose.

Mon grand frère est aussi critique de ce que j’écoute alors qu’il a la même playlist que moi, à quelque chose près. Je pense qu’il recopie juste mes parents pour se donner un air sérieux. La seule personne qui reste objective demeure ma tante, qui a pourtant le même âge que mes parents.

Rapper pour s’amuser

Je me suis mis à rapper avec des amis depuis quelques mois par pur amusement. On a ni groupe ni sortie de projet, c’est juste pour le plaisir. Le rap, c’est une vraie passion pour moi. J’aime la pratiquer parce que c’est aussi une belle manière de dire les choses, et c’est une façon comme une autre de se défouler. Je peux improviser et parfois j’écris des textes. J’ai pas mal d’inspiration, j’écris aussi la nuit quand je n’arrive pas à dormir et je trouve des instrus sur Youtube.

Références historiques, engagement politique… Eliott a beaucoup appris grâce au rap et à ses artistes, dont il décortique les textes.

Un jeune homme de dos écoute de la musique avec un casque audio sur les oreilles.

Je dirais pas à mes parents que je rappe, par peur de les décevoir. Mon père penserait que je suis un « voyou » ou une « racaille ». Je fais tout type de rap et c’est quelque part ce qui me plaît, pouvoir exercer une certaine polyvalence au sein d’un même domaine. Alors, oui, parfois mon rap va être vulgaire mais bon, c’est du rap, pas le générique d’un dessin animé pour enfants !

Au final, je comprends leur point de vue, c’est vrai que ce que les rappeurs racontent parfois, c’est pas un exemple à suivre. Mais c’est pas le but. Le message est justement de faire changer les choses, de faire émerger la culture des quartiers.

Alves Edson, 15 ans, lycéen, Rosny-sous-Bois

Crédit photo Wikipédia // (CC BY-SA 3.0) Thesupermat

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