Eliott Z. 29/07/2021

Le rap me rend plus conscient

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Grâce au rap, Eliott a acquis des connaissances qu'il n’aurait peut-être pas eu ailleurs. Il l’aide à se déconstruire et lui a permis d’en découvrir plus sur les luttes contre le racisme et les violences policières.

« Dis à la France que tout se paie, ce pays est en stagnation.

   Ici, c’est racisme et vente d’armes, des clodos à chaque station.

  Tu l’appelles Mère Patrie, j’l’appelle Dame Nation. »

C’est une punchline de « Piège » d’Alpha Wann, l’un de mes artistes préférés. Le rap, c’est mon style de musique préféré de part la rythmique et les paroles, mais aussi parce que ça change de la variété de mes parents. J’en écoute en allant au collège, en rentrant chez moi, dans la douche, pour m’endormir, au réveil…

Souvent, les rappeurs viennent de banlieues, de quartiers comme le mien. J’habite à Paris, dans le 19ème et dans le 20ème arrondissement. D’ailleurs, dans mon quartier, il y a beaucoup de rappeurs assez jeunes.

Mon frère et mon père écoutent aussi du rap américain, mais ça ne me touche pas trop car je ne le comprends pas bien, et les paroles jouent beaucoup sur ce que j’écoute. J’aime bien écouter du rap assez réfléchi, avec des paroles travaillées. C’est important d’écouter un artiste avec des convictions fortes.

J’apprends des faits culturels et historiques

Au quotidien, le rap m’apporte des connaissances. Je trouve que certains sujets sont plus faciles à comprendre quand les rappeurs en parlent, car ils s’adaptent à notre langage et s’expriment simplement. Alors, grâce à certains rappeurs, j’apprends des faits culturels et historiques. Dans une punchline, Kalash Criminel relate un fait historique qui s’est déroulé en République Démocratique du Congo : « Bien sûr que j’suis pas content, le pays s’fait tuer à cause du coltan ». C’est dans le son « But en or » avec Damso, un son très engagé au niveau du racisme. Le coltan, c’est un minerai utilisé pour faire nos smartphones selon Libération.

Dans le podcast « Discrimination, Racisme, Antisémitisme », le rappeur David Bonheur revient sur les enjeux de la culture rap et hip-hop. Numéro un des écoutes en France, le rap permet aux jeunes de se construire, d’apprendre et parfois, de s’engager.

Je follow aussi un compte sur Instagram qui explique certaines punchlines : @punchologue. Par exemple « Malevil » de Nekfeu : « Enfilez vos vestes. Nuage atomique, comme ça qu’les mots viennent. » J’ai découvert que c’était un livre de Robert Merle qui raconte une guerre atomique éclatant dans le monde, d’où la référence à un nuage atomique. J’ai beaucoup aimé ce son et je pense que je vais lire ce livre.

Le rap a amplifié mon engagement contre le racisme

Comme Kery James, des rappeurs sont aussi engagés contre le racisme et font passer des messages, et ça fait réagir les jeunes. Par exemple, sur la couverture de l’album « VIe République » du rappeur Jok’air, on voit Assa Traoré. Alpha Wann est aussi très engagé dans cette lutte dans ses paroles : « Si elle n’est pas blanche ta peau dérange, j’pense que France et tolérance, ça va pas ensemble. »

J’étais déjà sensible à la question du racisme, mais le rap a amplifié mon engagement pour cette cause. Après avoir écouté des musiques où il était question de Zyed et Bouna ou encore d’Adama Traoré.

Pour certain·e·s, la musique met aussi leur culture ou leurs origines à l’honneur. Chris retrouve avec fierté le Congo et le lingala, sa langue, dans la pop culture.

Grâce au rap, j’ai plus appris sur les violences et les bavures policières, et c’est grâce à ça que je me suis engagé pour Adama Traoré : j’ai suivi la cause, j’ai signé une pétition et je me suis aussi rendu à la manifestation. C’est grâce aux paroles de « Stupéfiant et noir » d’Alpha Wann que j’ai découvert la cause pour laquelle Assa Traoré se battait. Sans le rap, je n’aurais peut-être jamais entendu parler d’elle.

 

Eliott, 14 ans, collégien, Paris

Crédit photo Reynier Carl // CC Unsplash

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