Clarence A. 19/09/2022

Faire de « bonnes études » pour plaire à mon père

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Pour répondre aux exigences de son père, Clarence a commencé des études de finances. Sauf que lui, il voulait être créateur de mode.

Je suis d’origine ivoirienne. Concilier la mentalité française et la mentalité africaine est plutôt complexe. La manière de penser est différente, surtout concernant l’éducation et la vision des études.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au sein de la famille ivoirienne, l’enfant n’a pas le droit à la parole. Dans ma famille, cela fonctionne de la même manière, à quelques différences près. Lorsqu’il y a des discussions importantes, liées à l’enfant ou non, on ne demande pas l’avis des plus jeunes.

Plus on grandit, plus on est autorisé à parler ou dire ce que l’on pense. Depuis que je suis entré à la fac, mon père m’écoute plus lorsqu’il faut prendre de grandes décisions.

Mon père et l’exigence des « bonnes études »

Aussi, l’éducation est un vrai facteur d’élévation sociale en Côte d’Ivoire. Le diplôme a une valeur très importante : plus le diplôme est « élevé », plus on est bien vu dans la société.

Du côté de ma mère, j’ai beaucoup d’oncles diplômés. Mon père lui, s’est arrêté au bac car il devait travailler au plus vite afin de s’occuper de ses frères et sœurs. Il veut absolument que ses enfants fassent des études. Je n’ai que deux sœurs et un frère qui sont diplômés de l’enseignement supérieur. C’est déjà pas mal, mais visiblement pas assez pour lui !

Mon père a toujours voulu que je fasse des «  études », dans le but d’avoir un métier « académique » (métier que l’on peut avoir après l’obtention d’un diplôme dans l’enseignement supérieur) et d’obtenir un statut social. Ce qui fait qu’il ne m’a pas laissé faire le choix qui me plaisait le plus.

Le dessin, ce n’est pas un métier « d’homme »

J’aime le dessin depuis tout petit. Je me rappelle qu’arrivé au lycée, je voulais me réorienter pour faire un bac STD2A, afin de devenir créateur de mode. Sauf que mon père ne l’a pas entendu de cette oreille. Il a carrément refusé l’idée. Pour lui, créateur de mode n’est pas un métier « d’homme », mais plutôt un « métier pour les femmes et les gays ».

J’ai alors décidé de chercher un métier qui pourrait lui plaire et j’ai trouvé celui d’auditeur financier [diagnostic et gestion des comptes d’une entreprise, ndlr]. Quand j’étais en terminale, un de mes potes m’en avait parlé. Son grand frère était diplômé d’un bac+5 à l’université Paris-Dauphine. Il m’a parlé de son parcours, de ses missions et cela m’a intéressé. Après avoir obtenu mon bac, je suis allé à la fac. Trois ans plus tard, j’ai réussi à avoir ma licence.

Choisir ma voie contre l’avis de mon père

Mais c’est lorsque j’ai intégré un master finance d’entreprise dans une école de commerce que j’ai su que le domaine de la finance n’était pas fait pour moi. J’ai réfléchi et j’ai pris une décision : je me suis réorienté dans le domaine du marketing, qui correspond le plus à ma personnalité.

Mon père n’était pas d’accord, mais à ce moment-là j’ai préféré choisir ce qui me plaisait. Bien que, selon lui, il n’existe pas de «  métiers », il préfère que ses enfants fassent des études dans des grandes écoles ou des universités. C’est une question de fierté. Même si pour moi, le diplôme ne définit pas une personne.

Clarence, 23 ans, volontaire en service civique, La Courneuve

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