Garance M. 18/10/2021

2/5 Plus je scrolle, plus je complexe

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Garance se comparait H24 à des filles aux vies et aux corps « parfaits » sur TikTok. Maintenant, elle voit le côté « fake » des réseaux.

Pendant que les autres adolescents vivent tous une vie de rêve, font des sorties avec leurs amis, voyagent, font des tas d’activités, je me trouve là, dans mon lit, avec le reflet sur l’écran de mon téléphone. Je vois ma tête avec mes cheveux en pétards, mes boutons, mon nez trop rouge, mes cils trop petits et mon nez trop grand et, petit à petit, les larmes qui coulent toutes seules, sans que j’arrive à les arrêter.

Je suis rentrée du collège il y a environ une heure trente, comme presque tous les jours, après avoir pris mon goûter (littéralement dévalisé le placard) et fait mes devoirs, je m’allonge dans mon lit et j’ouvre TikTok. C’est parti pour plus d’une heure de visionnage !

Je scrolle, je scrolle, je scrolle, encore et encore… On ne voit vraiment pas le temps passer sur TikTok, c’est fou. Je regarde des vidéos en tous genres, des vidéos humoristiques, des acting, des makeup. Dans mes « Pour toi » se trouvent majoritairement des filles, jeunes et belles, souvent avec un corps parfait. Elles dansent, chantent ou montrent leur quotidien, qui est bien sûr extraordinaire. Et comme tous les soirs, le même sentiment revient.

Leurs habits parfaits, leur corps parfaits, leurs vies parfaites

Le lendemain, c’est la même histoire. Après avoir enfilé mes chaussures et mon manteau, je jette un dernier coup d’œil dans le miroir. Et là, tout me revient. Les vidéos de la veille ou même celles de la semaine dernière et du mois dernier. Les filles et leurs visages parfaits, leurs habits parfaits, leur corps parfaits, leurs vies parfaites. J’y repense sur le trajet de l’école, en cours de maths, à la cantine, durant le cours de volley-ball… Et je me dis que j’aurai toujours mes boutons et mes cils trop petits. Mon corps imparfait et mes complexes. Ma vie trop banale et mon impression d’être inutile.

Et si TikTok devenait le réseau social « zéro complexes » ? C’est la question que s’est posé NEON, constatant la multitude d’utilisateurs·trices exposant fièrement leurs corps hors des canons de beauté occidentaux.

Et pourtant, malgré toutes ces pensées assez sombres, en rentrant chez moi, c’est reparti, je m’allonge dans mon lit et j’ouvre à nouveau l’application.

Je suis au lycée depuis presque huit mois. Nouvelle école, nouveaux amis, nouvelles habitudes, nouvelle routine : bref, nouvelle vie ! Tous ces changements m’ont fait évoluer, d’une façon que je trouve vraiment positive. Surtout ma confiance en moi. Je suis plus occupée et j’utilise donc beaucoup moins l’application, seulement deux ou trois fois par semaine. J’ai peu à peu réussi à m’en éloigner, à perdre cette dépendance qui était devenue un réel problème dans mon quotidien.

 Je regarde ce que j’ai et ce qu’ils n’ont pas !

TikTok a aussi énormément changé. Au début, c’était surtout considéré comme une application de danse, caractérisée par des chorégraphies de vingt secondes reproduites des milliers de fois par des utilisateurs du monde entier mais, depuis, l’application s’est diversifiée. Maintenant, il s’agit notamment de vidéos humoristiques, avec des storytimes et rarement des danses. De plus en plus de vidéos montrent le côté « fake » des réseaux, le fait que ce ne soit pas la vraie vie. Ça m’a beaucoup aidée à comprendre que je voyais seulement quelques minutes du quotidien des gens, et que je ne connaissais en réalité rien à leur vie. Ils ont sûrement, eux aussi, pleins de problèmes et de complexes.

Série 3/5 – Mélissa est accro aux challenges sur TikTok. Elle passe des heures à en regarder et à en faire… mais sans jamais les poster.

Illustration d'une jeune femme absorbée par son écran. Elle a un voile autour de sa tête comme si elle était dans sa bulle.

J’essaie maintenant de vivre ma vie pleinement, de sortir avec mes amis et ma famille plutôt que de rester allongée dans mon lit en regardant les réseaux sociaux. Aujourd’hui, je regarde ce que j’ai et ce qu’ils n’ont pas !

 

Garance, 15 ans, lycéenne, Paris

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

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