Anas K. 11/05/2021

4/4 Pour travailler, mon père m’a mis dans un bus pour la France

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Mon père a suivi les conseils d'un ami : envoyer un de ses fils en France pour trouver le travail et l'argent qui nous font défaut au Maroc. Comme je suis le plus sérieux de la fratrie, c'est tombé sur moi...

C’est mon père qui m’a dit de partir pour la France. Un ami lui avait conseillé car il y a plus de travail ici qu’au Maroc. Mon père trouvait que j’étais plus sérieux que mon frère. Lui, il fume, gaspille son argent et fait n’importe quoi ! Il s’est occupé de tout : carte nationale, visa, autorisation parentale. Et il m’a mis dans le bus.

J’ai grandi au Maroc près de la frontière algérienne. À partir de mes 14 ans, mon père m’a considéré comme un homme. J’allais moins à l’école et au club de foot. Je devais l’aider au travail. Des fois, on travaillait sur les poteaux électriques dans la rue mais sinon on faisait l’électricité chez les gens, dans des maisons.

Mes potes, eux, ne travaillaient pas avec leurs pères. Ils étaient à l’école. Mais moi, je n’avais pas le choix. C’est mon père qui décidait. Comme pour mon départ en France.

J’ai passé la nuit à côté de l’agence d’autocar

Quand je suis arrivé ici, je venais d’avoir 16 ans et j’étais tout seul. Je me suis arrêté là où le car dépose les gens et les valises et où il y a des gens qui attendent les passagers. Moi, il n’y avait personne pour me récupérer. Ce jour-là, j’ai passé la nuit à côté de l’agence d’autocar. Je n’ai pas dormi, je suis juste resté là. J’ai mangé. J’avais un téléphone mais pas de quoi recharger. J’avais 30 euros alors, le lendemain, je suis allé dans une téléboutique pour acheter une carte SIM pour parler avec mon père.

Au téléphone, j’ai pleuré, je lui ai dit que j’étais perdu, que j’avais passé une nuit dehors. Il ne m’a pas félicité. Son but n’était pas juste que j’arrive ici mais que je trouve un travail et que je ramène de l’argent.

L’association La Cimade accompagne les mineur·e·s isolé·e·s, les protège et les aide dans les démarches d’obtention d’un titre de séjour.

Pour l’instant, je suis en formation jardinier-paysagiste. Je n’ai pas encore assez d’argent pour en envoyer à la famille. Juste assez pour moi. Mais plus tard, je pense que j’enverrai plus d’argent à ma mère qu’à mon père car elle a toujours été là pour moi, à prendre soin de moi, à m’aimer plus que mon père.

 

Anas, 16 ans, étudiant, Sonchamp

Illustration © Merieme Mesfioui

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