Louanne J. 06/09/2021

2/5 Au lycée, ce ne sont pas les garçons qui nous sexualisent

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Vous avez dit tenue « républicaine » ? Le 14 septembre, Louanne a manifesté pour ne plus être sexualisée par les profs et les surveillant·e·s.

Le 14 septembre 2020, ma prof d’esthétique m’a dit : « Ce n’est pas une tenue appropriée pour une esthéticienne. » J’étais en jupe et en crop top et on n’était pas en cours de pratique. Ce jour-là, plus de la moitié des filles du lycée étaient habillées en crop top, en jupe ou en robe. Beaucoup avaient peur de la réaction des mecs, de se prendre des remarques ou des regards malsains. Mais les garçons n’en avaient rien à secouer, comme s’il y avait zéro mouvement. « Elles mettent des jupes ? Bah… ok c’est bien si ça leur fait plaisir ! »

Je ne me suis jamais prise une remarque d’un mec du lycée ! Alors que les profs, eux, disent explicitement que c’est pour ne pas perturber les garçons. Mais ils le passent un peu en travers : « Non mais c’est pour que tout le monde soit concentré, qu’il n’y ait pas de problèmes. » Ma prof de sport m’a carrément dit : « Je vous comprends, mais les garçons ils vont avoir la tête ailleurs. » En fait, ce sont plus les profs qui nous sexualisent. 

« Je ne sais pas s’ils vont te laisser rentrer »

On m’a déjà dit « mets pas de jean à trous », « on voit trop tes jambes », « c’est trop court », alors qu’on voyait un centimètre de mon ventre. « On voit trop tes épaules », « c’est trop moulant »… Plein de remarques comme ça, tout le temps.

Déjà à la rentrée, je voulais mettre un jean et un crop top mais j’ai changé parce qu’une copine m’a dit « je ne sais pas s’ils vont te laisser rentrer », que ça allait faire trop court. Je suis donc venue avec une robe chemise. À l’entrée, la surveillante m’a regardée de haut en bas. J’étais un peu mal à l’aise.

J’ai une copine qui a été virée de son établissement scolaire parce que ce n’était pas « une tenue appropriée » et que ça allait « déconcentrer les garçons ». Elle avait une jupe, un sweat, et un collant. Une fois, une fille dans ma classe avait un pull en laine et, en-dessous, on voyait juste une bretelle de sa brassière en dentelle. Quelqu’un de la cantine est venu lui remonter son pull en lui disant : « On voit trop. » On voit un bout d’épaule, un bout de dentelle : ça dérange qui ?

Le 14 septembre 2020, les lycéennes dénonçaient les restrictions vestimentaires imposées par leurs établissements scolaires. En réaction, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer déclarait que les élèves devaient porter une « tenue républicaine ». De quoi donner matière à des détournements :

 

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Alors, le 14 septembre à 15 heures, on a demandé à des personnes du lycée de venir protester avec nous. On a fait des pancartes avec une fille de ma classe parce qu’on voulait qu’on nous entende. On a voulu exprimer qu’on a le droit de s’habiller comme on veut, que toutes nos parties du corps ne doivent pas être sexualisées et qu’il faut éduquer leurs fils avant de vouloir nous protéger.

Oui, je côtoie beaucoup de garçons au lycée, mais c’est dehors qu’on se prend des remarques. Mon copain, ça le choque et mes potes mecs me disent : « C’est hallucinant, quand on se balade avec vous, vous êtes jamais tranquilles ! » Le 14 septembre, on est sorties du lycée avec trois copines. Une copine est passée devant un monsieur qui lui a dit : « T’as une de ces chattes ! » Elle était en short cycliste quoi ! Le mec nous a suivies avec un truc dans le dos, on ne savait pas trop ce que c’était, et la langue qui touchait ses lèvres… heureusement qu’on était quatre.

« Merci de l’avoir fait »

À la protestation, on a eu une bonne quinzaine de personnes et pour nous c’était déjà suffisant. On voulait vraiment que ça vienne d’elles. Il y avait beaucoup plus de filles, mais deux garçons sont passés devant nous en disant : « C’est bien ce que vous faites ! » On a demandé à un s’il voulait le faire et il a fait : « Mais bien sûr que oui, c’est normal ! » Et un autre garçon est aussi venu avec une affiche en disant : « On vous croit. » C’était top, beaucoup de gens nous ont applaudis. Même des personnes qui ne l’ont pas faite nous ont envoyé des messages : « Merci de l’avoir fait. »

Une surveillante, une autre que celle qui m’avait jugée, nous a dit que c’était beau ce qu’on faisait. Elle nous soutenait, mais ne pouvait rien dire. Je n’ai pas trop cherché à savoir pourquoi parce qu’elle était un peu réticente mais, sur Twitter, j’ai vu un surveillant expliquer qu’ils ne pouvaient rien dire parce que sinon, ils allaient se faire virer.

Je pense que maintenant ils ont compris que, si on s’habillait comme ça, ils n’allaient pas pouvoir virer toutes les filles du lycée. Je n’ai pas reçu une seule remarque à propos de comment j’étais habillée après ça, mes copines non plus (à part l’histoire avec le pull). 

On sera là pour la défendre s’il y a une remarque qui sort

Ça ne m’a pas forcément soulagée parce que j’ai ce truc de m’en foutre facilement. Sans soutif, si je pointe bah… je pointe ! C’est bien, vas-y trace ta route ! Mais, pour les autres, maintenant, elles n’ont plus peur de se prendre une remarque, parce qu’elles savent qu’elles ne sont pas toutes seules. Ma meilleure copine dans ma classe a moins peur de mettre un crop top ou de venir en robe. Elle voit qu’on sera là pour la défendre s’il y a une remarque qui sort. 

3/5 – Objectivée par les garçons, Alizée a subi des agressions au collège. Sa confiance en soi et dans les autres a dégringolé au fil des années.

Il faudrait mettre quelque chose en place pour que ça dure plus longtemps et que ça fasse encore plus parler. Plus d’associations devraient faire des interventions dans les lycées pour parler des agressions sexuelles par exemple !

Je pense qu’ils ont peur qu’il se passe un drame, un viol ou une agression sexuelle dans leur lycée. Je pense que c’est un truc de réputation. Ils disent toujours « protégez vos filles » mais, je suis désolée, on peut autant se faire violer en jupe ou en débardeur qu’en sweat et en jogging. La tenue ne justifie rien : il faut juste arrêter de penser que la femme est un objet sexuel.

 

Louanne, 16 ans, lycéenne, Dunkerque 

Crédit photo La ZEP / © Louanne

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4 réactions

  1. Très juste !

  2. Il y a une chose qui revient beaucoup dans l’Histoire de l’humanité, c’est que les femmes doivent civiliser les hommes violents et incapable de se contrôler. Et cette injonction se vérifie donc aussi dans nos temps contemporains. Ce qui est assez malheureux.

    http://enirenrekhtoues.blogspot.fr/

  3. moi, c’est mes propres parents qui m’interdisent de porter une jupe parce qu’ils ont peur que je me fasse harceler ou critiquer dans le lycée, mais j’ai remarqué un truc, les seules personne qui trouvent ces habits trop courts, etc…ce sont les personnes qui ont vers 40 ans et plus…Les seuls personnes qui pourraient me voir au lycée comme étant un “objet sexuels”, ce sont les profs…Ils auraient dû se faire mieux éduquer plutôt que de dire aux filles de porter une tenue ” républicaine”… c’est fou ça…parce que les mecs du lycée, ils disent juste : “si elle veut mettre une jupe, elle fait ce qu’elle veut” ou encore “pourquoi vous les embêter pour des histoires d’habits, elle ont jamais demandés à être autant sexualisées surtout pas par des vieux”…Le truc, en plus, c’est qu’ils disent que si tu mets une jupe, c’est NORMAL que des hommes veulent venir t’agresser…nan mais ça me déprime…

  4. T’as bien raison, ça fait super plaisir de lire tes réactions, celles des potes, votre mobilisation : tout mon soutien de maman et de personne qu’on a sexualisée depuis ado.
    Je me prends des remarques depuis mes 12 ans – que je sois en moulant, pas moulant, vieux sportwear qui pendouille, avec ou sans soutif, totalement couverte ou pas : pareil. La tenue ne change pas le harcèlement, c’est le harcèlement comme ‘truc normal et admis’ qu’il faut changer.
    Ce discours sexualisant venant d’adulte en charge est très pervers
    – il déculpabilise les mecs de leur propres actions – après tout, boys will be boys, on les protège d’eux-même, genre (les mecs, vous êtes vraiment des abrutis : tel est le message, notez le pour ce qu’il est)
    – il déculpabilise les adultes qui croient faire ‘une bonne action’ alors qu’iels participent à fond à la culture du viol et la confirme
    – il culpabilise les filles ou afab sur leur responsabilité à elles face au monde (truc vague quand même) et assoit l’idée qu’on serait responsable en cas de passage à l’acte de quelqu’un d’autre
    = c’est de la merde, ça suffit.
    Les garçons sont parfaitement capables d’apprendre à se gérer si on leur demande de le faire.
    Virer une fille d’un établissement sco parce que sa tenue pourrait perturber les mecs, c’est dire en substance à cette file : ton éducation compte moins que le confort des mecs. Sexisme institutionnel, on te voit.

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