Sarah M. 09/03/2023

Islamophobie à la cantine : j’ai été prise au sérieux

tags :

En demandant un plat sans porc, Sarah et ses amies ont subi des remarques sur leur religion. Révoltée, elle a décidé d'en parler.

« Le porc c’est pas une maladie ! » « De toute façon, les musulmans, ils ont rien le droit de manger ! » Pour la première fois, j’ai fait face au racisme. C’était lors de mon stage d’observation « médias » de troisième. On était accueillis dans un lycée du centre-ville de Brive. Le repas nous était offert tous les midis. Ce premier matin, tout s’était bien passé, on allait prendre notre déjeuner.

Au self, je prends une entrée. Pour les plats, je me retrouve devant une femme et un homme pour nous servir. Je vois les assiettes déjà prêtes avec des saucisses, sauf que je ne mange pas de porc. Je demande donc la composition des saucisses. La dame me répond : « Du porc. » Je lui réponds que je n’en mange pas. Elle prend alors l’assiette et la tend au cuisinier, en lui disant de me donner le plat sans porc. Mais c’est là que ça a dérapé : la dame me regarde, et me dit plusieurs choses sur notre façon de manger à « nous, les musulmans ». Elle me regarde normalement. Sur le coup, ça me choque, mais je ne réagis pas. Même si à la fin, j’ai quand même mon assiette sans porc.

C’était la première fois que j’étais victime de racisme. Ça m’a mise en colère que ça se soit passé dans un établissement scolaire. Puis, c’est choquant. Dans mon collège, tout le monde est traité de la même manière. Si tu demandes un plat sans porc, ils te le donnent sans discuter. Cette dame, elle n’avait juste pas à dire ça. Je pense qu’elle a réagi comme ça car elle est raciste, voire islamophobe. Je n’avais jamais entendu parler de ça dans un lycée public. Et surtout, je ne pensais pas que ça allait m’arriver !

Je n’étais pas la seule à qui c’était arrivé

Mes voisines, participantes au même stage, avaient vécu la même chose. À la base, personne ne voulait en parler. Je ne sais pas pourquoi personne n’osait, pourtant on n’avait pas peur. Du coup, j’ai décidé de le signaler.

L’après-midi, lors d’un débat, on a abordé le sujet des discriminations. J’ai décidé de raconter ce qui s’était passé à l’intervenant. Il a proposé de faire remonter cette affaire à la direction du lycée. J’ai trouvé sa réaction normale. Le lendemain midi, le principal est venu nous voir. Il nous a posé des questions, nous a demandé de décrire la femme et de voir si on la reconnaissait au self. J’ai compris que l’affaire avait été prise au sérieux.

En vrai, devoir reconnaître la femme, c’était stressant. On avait peur d’accuser une autre dame à tort, de laisser la vraie coupable tranquille. J’ai reconnu la dame. Moi, je ne la regardais pas, je n’en avais pas envie. Elle ne parlait pas, elle faisait des allers-retours et ne servait pas trop.

Je ne sais pas ce qui se passera, mais j’espère que la dame sera sanctionnée. En tout cas, quand on est victime de racisme, il ne faut pas avoir peur d’en parler, car ce n’est pas normal que ça arrive. Ce qui est certain, c’est que je n’irai pas dans ce lycée. Ce n’était déjà pas trop mon intention, mais après ça, ma décision est prise.

Sarah, 14 ans, collégienne, Brive-la-Gaillarde

Partager

Commenter